Pour un équilibre budgétaire durable

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Jules Dufort

Économiste spécialisé en commerce international et en économie mathématique

Le problème des finances publiques du Québec ne réside pas dans le salaire de ses employés.

Les Québécois sont les plus taxés au Canada et le Québec reçoit près de 10 milliards de péréquation du fédéral. En plus, le Québec est la province la plus endettée. En retour de leurs taxes et impôts, les Québécois ont des systèmes de santé et d'éducation qui ne répondent pas aux attentes et des infrastructures qui ne sont pas à niveau.

Cette politique de petits salaires n'incite pas l'État du Québec à vraiment faire le ménage dans les finances publiques. Ce ménage viserait notamment les subventions à l'agriculture - les producteurs d'ici sont déjà largement subventionnés par les consommateurs à l'aide de tarifs douaniers variant de 175 à près de 300% qui les mettent à l'abri de toute concurrence, à l'exception d'une petite quantité que l'on peut importer sans payer le tarif douanier.

Aussi dans le collimateur, la bureaucratie inutile provenant d'un surplus de cadres et autre personnel administratif dans les ministères, les réseaux de la santé et de l'éducation, chez Hydro-Québec et probablement dans tout autre organisme qui relève du Québec.

On engage aussi, sans appels d'offres publics, des consultants en informatique à grands frais, et ce, sans résultat significatif (voir par exemple la catastrophe du projet GIRES). On donne aussi de généreuses exemptions fiscales en recherche et développement largement détournées en fraude fiscale, car elles ne sont pas liées à l'obtention de résultats, tels les brevets.

Il est évidemment plus facile de couper les salaires des employés du bas de la pyramide, mais en faisant cela, Québec entraîne aussi les salaires du secteur privé vers le bas. On a donc moins d'expertise qu'ailleurs dans plusieurs domaines et aussi moins de rentrées fiscales provenant directement de la masse salariale du secteur public et du secteur privé.

Enfin, il faut créer de la richesse en augmentant la productivité du secteur manufacturier du Québec. Pour ce faire, le gouvernement devrait faire en sorte que les entreprises manufacturières du Québec bénéficient de conseils d'ingénieurs de production expérimentés. Ceux-ci pourraient les aider à être à la fine pointe de la technologie. Les Allemands font cela depuis longtemps et, jusqu'à tout récemment, l'Allemagne était le premier exportateur de biens au monde, tout en payant des salaires très élevés. Ils ont des employés qualifiés, dotés des ressources physiques et technologiques nécessaires pour être très productifs.

En ce qui concerne les pensions, tous les citoyens allemands ont droit à une bonne pension, mais il faut dire que les employeurs de ce pays ne prennent pas de congé de cotisation de plusieurs années comme l'a fait le gouvernement du Québec avec le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics.

Les employeurs allemands ne s'accaparent pas non plus des surplus actuariels comme l'a fait le Québec sous le règne du premier ministre Lucien Bouchard, dans l'espoir d'atteindre l'équilibre budgétaire en envoyant à la retraite du personnel essentiel que l'on a dû réengager par la suite.

Enfin, les Allemands ont sûrement mieux géré la crise financière de 2008 que la Caisse de dépôt du Québec, qui a subi des pertes catastrophiques pourtant en bonne partie évitables.

Par ailleurs, le premier ministre du Québec a de bonnes relations avec son homologue Kathleen Wynne de l'Ontario. Il devrait profiter de cette situation pour bonifier la rente de retraite de tous les Québécois, car madame Wynne veut améliorer celle de tous les Ontariens (du moins c'était une de ses promesses électorales).

Aussi, je ne vois pas pourquoi on ne rétablirait pas la taxe sur le capital pour les institutions financières du Québec, abolie par le gouvernement Charest. Cette taxe n'aurait pas d'effet négatif sur l'économie du Québec et rapporterait environ 600 à 700 millions par année.

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