Réplique : le rituel antisyndical

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Daniel Boyer

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Daniel Boyer

Président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec

C'est certainement un signe des temps que de casser du sucre sur le dos des syndicats. Le «syndicat-bashing», en bon québécois, n'est pas loin d'être une sorte de lieu commun de certaines émissions d'affaires publiques et chroniqueurs. Le texte d'Alain Dubuc intitulé «Le rituel syndical» (La Presse, 7 janvier) est un exemple supplémentaire, s'il en fallait, de cet exercice pénible.

De tout ce que nous reproche M. Dubuc (la liste est longue), la faiblesse de nos propositions pour résoudre les problèmes des finances publiques nous semble un raccourci inacceptable. En fait, les pages de ce journal ne suffiraient pas pour faire la liste détaillée de tout ce que le mouvement syndical a proposé en matière de finances publiques et de développement économique au cours des dernières années. Résumer tout cela par de laconiques «hausses d'impôts» est injuste, voire presque méprisant.

S'agissant d'impôts, par exemple, nous avons soumis plusieurs propositions concernant la fiscalité des entreprises. Les faits sont têtus: la fiscalité des entreprises du Québec est compétitive. C'est ce que dit le ministère des Finances et de l'Économie: «Selon les plus récentes données, les coûts d'implantation et d'exploitation pour les entreprises sont inférieurs de 4,8% aux coûts observés aux États-Unis et de 2,9% à ceux prévalant en moyenne dans les pays du G7.»

Face à ces faits, nous avons dit qu'il faut rééquilibrer l'effort fiscal des entreprises, entre les grandes entreprises et les PME (grandes créatrices d'emplois).

Il ne s'agit pas de dénigrer la grande entreprise, mais de mieux prendre en compte sa capacité de contribuer au Trésor public.

D'après les statistiques publiées en 2014, nous savons que 1825 grandes entreprises n'ont pas payé d'impôts sur le revenu pour l'année fiscale 2009. Il est inconcevable que de grandes entreprises avec d'importants revenus ne paient pas un sou d'impôt. Le gouvernement doit sérieusement remettre en question cette façon de faire. Par exemple, pourrait-on transformer certains des crédits d'impôt remboursables en crédits d'impôt non remboursables? C'est ce que font l'Ontario et la Colombie-Britannique. Pourrait-on aussi penser à un impôt minimum pour les grandes entreprises, comme cela se fait en Ontario?

Ce sont là des exemples parmi d'autres des propositions que nous avançons et qui sont si souvent caricaturées dans certains médias dans ce qui est malheureusement devenu une sorte de rituel antisyndical.

En terminant, M. Dubuc accuse les syndicats de berner la population en entretenant une «confusion des genres» entre la défense des intérêts des membres et la défense du bien commun. Nous sommes obligés de le dire: la critique est cynique. À ce compte-là, on ne voit pas quel intervenant dans les débats publics n'est pas, d'une façon ou d'une autre, le défenseur d'un intérêt particulier.

Non, la vérité est que le mouvement syndical contribue avec force et depuis longtemps à définir les contours de ce qui est dans l'intérêt général de la population. C'est le cas en matière de fiscalité, d'éducation, de santé, de culture et dans bien d'autres domaines et, ce qui n'est pas anodin, c'est surtout vrai pour tout ce qui a trait aux conditions d'emploi (formation, équité, normes minimales, etc.). De plus, il le fait de façon démocratique et non partisane, en se plaçant à l'écoute d'une grande diversité de milieux et à une saine distance du pouvoir de l'argent. Une contribution qui profite à tous les contribuables, syndiqués ou non.

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