Le pouvoir de dire « non »

La Caisse peut investir partout dans le monde en infrastructures publiques sans... (Photo Ryan Remiorz, archives La Presse Canadienne)

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Daniel Paillé

Économiste et financier, ex-premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec

La Caisse peut investir partout dans le monde en infrastructures publiques sans pouvoir le faire directement au Québec. Avec les différents accords de libre-échange, le monde pourra investir dans ces travaux au Québec, mais non la Caisse ! À l'évidence cela devait être résolu. L'accord commercial annoncé est une bonne idée, certes, mais le diable est dans les détails.

Depuis 1966, le credo de la Caisse a toujours été le rendement financier et le développement économique du Québec. Depuis bientôt 50 ans, cet équilibre existe. L'investissement dans les projets d'infrastructures au Québec pourrait être un bel exemple.

La Caisse a la compétence, l'expertise, les ressources et les partenariats mondiaux nécessaires pour ce genre d'investissements. En être le maître d'oeuvre majoritaire sera cependant tout un défi.

Réglons l'aspect du développement économique du Québec : c'est une évidence. Mais le rendement ? C'est un passage obligé, une condition nécessaire. D'où viendra-t-il ? C'est la somme des plus et des moins : l'investissement initial, les revenus et les coûts en cours de route, et la revente.

Le président de la Caisse a été très clair : une part du rendement viendra de l'investissement initial. Ce sera « On time, on budget ». Ça fera du bien de le constater... en 2020. Pour les opérations et l'entretien, la fiabilité de la Caisse sera vérifiée chaque heure, chaque jour, chaque semaine, chaque mois par les usagers. Quant à la vente éventuelle, c'est du très long terme, 35 ou 40 ans. Pour tous ces éléments, soyons positifs, faisons confiance. Mais...

Mais le noeud du rendement sera la tarification. Michael Sabia est du modèle « volume-volume-volume » et les tarifs les plus bas possible maximisant l'achalandage. « Chaque fois que vous monterez à bord de ces transports, vous consoliderez votre retraite », dit-il. L'image est belle, mais on doit différencier qui sera l'utilisateur : voyageurs versus banlieusards.

Les exemples donnés et l'expertise de la Caisse touchent des aéroports, comme Vancouver, Heathrow ou Gatwick. Le premier ministre a ajouté Paris-Charles De Gaulle. Ces liens aéroport-centre-ville sont très efficaces et le voyageur accepte de payer jusqu'à 50 livres sterling pour s'assurer d'un transport efficace. Ce tarif s'ajoute aux coûts totaux du voyage et devient ainsi marginal. Le concept utilisateur-payeur est donc plausible. Qu'en est-il des passagers des « vols quotidiens » Brossard-Montréal ?

Pour les tronçons de véritables transports publics quotidiens, il faudra manifestement considérer, en plus des tarifs, un flux de revenus réguliers et croissants, comme des subventions gouvernementales. D'où viendront-elles ? Seront-elles assurées pour toute la durée du projet ? Le décideur des tarifs aura entre les mains le rendement escompté de la Caisse. Il vaudrait mieux que tout cela soit réglé convenablement.

L'indépendance de la Caisse

La Caisse a toujours été indépendante du gouvernement, et ce, à toutes les époques. Évidemment, des gorges se réchauffent à l'occasion, mais ceux qui ont assumé les responsabilités gouvernementales ont toujours été respectueux de ce principe. Rien n'indique qu'il en sera autrement.

Ce qui est nouveau dans ce projet, c'est la présence d'un « expert financier indépendant » qui attestera que le rendement demandé par la Caisse n'est ni supérieur ni inférieur aux comparables. Il se prononcera à la fois sur le rendement des actions et des emprunts. Qui nommera cette personne ? Une seule personne viendra ainsi, au-dessus de la tête de tous les spécialistes de la Caisse, émettre une opinion ! Attention, danger.

Agir ainsi serait une atteinte grave à l'indépendance de la Caisse. Laissons-la négocier ses propres affaires, ses propres projets, sans un gourou quelconque. D'ailleurs, une seule personne spécialiste à la fois en équité, en dette et totalement indépendante du gouvernement du Québec et de la Caisse, si elle existait, ça se saurait.

L'idée est bonne, mais attention à la véritable indépendance de la Caisse. Elle devra en tout temps, en toutes occasions pouvoir répondre non.

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