Des chiffres erronés

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Éveline Gagné

Omnipraticienne, CSSS des Sommets, Sainte-Agathe-des-Monts. Elle réagit au texte «Pas des paresseux», de Daniel Poirier, publié lundi.

Mes collègues et moi-même commençons à en avoir ras le bol de devoir rectifier des informations erronées, basées sur des statistiques faussées et manipulées par le ministre de la Santé.

Dans son texte, M. Poirier suggère que nous ne travaillons pas suffisamment. Toutefois, en 2013, le Sondage national des médecins rapportait que les médecins de famille travaillent en moyenne 50,01 heures par semaine, et ce, en excluant les nombreuses heures où nous sommes de garde, périodes où nous répondons à des appels à tout moment du jour où de la nuit. Quelle est, déjà, la définition d'un travail à temps plein?

M. Poirier omet aussi de mentionner le nombre d'heures hebdomadaires qu'il juge suffisant pour un médecin de famille. Soixante heures? Soixante-dix? Je suis curieuse...

M. Poirier demande à ses lecteurs s'ils choisiraient un emploi dans lequel on peut travailler deux ou trois jours par semaine et gagner entre 150 000$ et 200 000$ annuellement. Où dois-je signer? J'accepterais n'importe quand un tel emploi! Malheureusement, je suis une médecin de famille, alors je dois travailler beaucoup plus pour mériter un tel salaire.

Les journées travaillées sont comptabilisées par la RAMQ, selon des règles établies par le ministre de la Santé. De façon incroyable et incompréhensible, les journées travaillées ne sont pas répertoriées en fonction du nombre d'heures ou de patients vus. On doit seulement avoir facturé un montant minimal pour qu'une journée soit comptabilisée, mais, surprise, il n'y a pas de maximum.

Cela signifie que, par exemple, mes collègues médecins de famille obstétriciens qui passent des périodes de 24 heures consécutives (parfois plus) en salle d'accouchement, à accoucher des bébés, à donner les soins médicaux requis aux nouvelles mères et à leurs nouveau-nés, à répondre à leurs inquiétudes et questionnements, à évaluer des femmes enceintes, et ce, à toute heure du jour et de la nuit, se font accorder une journée de travail.

Des aberrations

Maintenant, un petit mot sur mes autres collègues médecins de famille qui oeuvrent dans les unités de soins intensifs des divers hôpitaux québécois (eh oui, nous sommes présents là aussi, c'est ça la polyvalence). Ils passent des heures interminables au chevet des patients pour les stabiliser et leur donner tout ce dont ils ont besoin pour leur sauver la vie. Devinez quoi? On leur accorde là aussi une seule journée travaillée!

Il en va de même pour ceux qui, comme moi, prennent en charge des patients hospitalisés, et qui ne quittent l'hôpital que lorsque tous leurs patients ont été vus et stabilisés, que les familles ont été rencontrées, les consultants spécialistes contactés. Encore une fois, il s'agit de journées de 10 ou 12 heures qui ne comptent que pour... une seule petite journée.

Des horaires préétablis avec des journées de 9 à 5, ça n'existe pas pour nous. On sait à quelle heure on commence, mais on ne sait jamais à quelle heure on termine.

Après avoir rencontré, écouté, soigné, renseigné, rassuré et traité leurs patients de tous âges pour de multiples de problèmes de santé, les médecins en cabinet passent ensuite d'innombrables heures à faire le suivi des résultats, à remplir des formulaires de tous types pour leurs patients, à organiser les suivis nécessaires. Et ceci sans parler de tout le temps que les médecins de famille doivent passer de façon bénévole dans divers comités administratifs, présence exigée par les établissements de santé, donc exigée par le ministre.

Lorsque nos journées travaillées seront comptabilisées de façon honnête et transparente, on verra si on osera toujours, sans gêne, nous demander d'en faire encore plus.

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