Le ministre veut-il tuer les soins palliatifs ?

« La place d'un médecin compétent et suffisamment... (Photo Mathieu Waddell, archives La Presse)

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« La place d'un médecin compétent et suffisamment formé, qui passera le temps nécessaire au chevet de son patient en phase terminale, n'est pas discutable », plaide l'auteur.

Photo Mathieu Waddell, archives La Presse

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Serge Daneault

Médecin, l'auteur oeuvre au soins palliatifs du CHUM, au Centre de recherche du CHUM et à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. 

La liste des 113 médecins cosignataires est disponible à la fin du texte.



Personne ne pourra accuser le ministre actuel de la Santé et des Services sociaux de ne rien faire pour tenter de résoudre les maux qui, depuis longtemps, rongent notre système de santé.

Après son projet de loi 10 créant des mégastructures forcément éloignées du citoyen payeur de taxes, il propose le projet de loi 20, qui a pour but de favoriser l'accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée.

La question de l'accès aux médecins de famille est certes devenue un enjeu politique. S'il est louable que tous les Québécois puissent un jour disposer d'un médecin de famille, force est d'admettre que certains en ont besoin plus que d'autres tout simplement parce qu'ils sont plus malades ou plus vulnérables. Placer tous les Québécois sur un pied d'égalité en ce qui concerne les besoins de santé équivaut à une inacceptable injustice.

Les personnes vivant avec une maladie terminale sont certainement celles qui doivent le plus urgemment recevoir les services médicaux appropriés à leur condition. Après tout, c'est notre dernière chance comme société de bien agir envers eux. Dans l'état actuel du projet de loi, nous pensons que les soins palliatifs médicaux sont en péril. En effet, l'immense majorité de ces soins est actuellement rendue, dans les hôpitaux comme dans les maisons de soins palliatifs, par des médecins généralistes.

L'implication essentielle des médecins généralistes ne pourra continuer si on les force à prendre 1500 patients en charge ou si on limite leur travail en soins palliatifs à quelques heures par semaine. Il est tout à fait illusoire de croire qu'une visite médicale auprès d'un patient en phase palliative peut se conclure en dix minutes et qu'un seul médecin peut suivre simultanément 70, 80 ou 100 patients en fin de vie.

Le patient en fin de vie a le droit de recevoir des soins - dont la complexité justifie le temps requis - et son entourage a le droit de recevoir les explications nécessaires pour accompagner adéquatement l'être cher. Bien que d'autres professionnels de la santé aient un rôle indubitable à jouer auprès des personnes en fin de vie, la place d'un médecin compétent et suffisamment formé, qui passera le temps nécessaire au chevet de son patient, n'est pas discutable.

Si la loi est adoptée, plusieurs des quelques centaines de médecins qui se consacrent actuellement aux soins palliatifs et qui ont bâti, au fil des ans, une expertise reconnue, devront quitter cette pratique. Il faut que les lois qui régissent les activités médicales au Québec reconnaissent la présence, sur la base de plusieurs heures par semaine et pour certains à temps plein, de ces médecins dans les milieux de soins palliatifs.

De plus, la présence de médecins spécialisés dans les soins palliatifs trouve une justification incontestable dans cette nécessaire fonction de transmission des savoirs si importante pour le bien-être de la population actuelle et future du Québec. Ainsi, si les médecins de demain ne sont pas formés adéquatement en soins palliatifs, la population pourra à juste titre craindre de ne pas avoir accès aux soins compatissants requis par leur dernière maladie. En fait, le projet de loi, tel qu'il est aujourd'hui, au lieu de régler un problème d'accessibilité, créera plutôt un manque d'accès aux soins palliatifs.

Les années d'expérience des signataires, qui atteignent, lorsqu'elles sont cumulées, des décennies de présence dans nos établissements de santé, leur ont permis de considérer notre réseau de santé comme un magasin de porcelaine de grande valeur. Les trésors cachés sont légion dans nos institutions de santé, mais ils sont fragiles. Il ne faut pas qu'une loi, indépendamment de son éventuel bien-fondé sur le plan des principes, fasse tout voler en éclat.

Les cosignataires

Claude Baillargeon, M.D. ; Anne Bhéreur, M.D. ; Geneviève Dequoy, M.D. ; Nancy Gaudreault, M.D. ; Danielle Grandmont, M.D. ; Chantal Guillemette, M.D. ; Alexis Lapointe, M.D. ; Bérénice Mortézaï, M.D. ; Lila Nguyen, M.D. ; Chantal Paradis, M.D. ; Elisa Pucella, M.D. ; Myriam Rhéaume-Lanoie, M.D. ; Pierre Viens, M.D. ; Natalia Vo, M.D. ; Hala Lahlou, M.D. ; Jean-Philippe Parent, M.D. ; Elise Bourret, M.D. ; Richard D. Germain, M.D. ; Valérie Dagenais, M.D. ; Mélanie Lecault, M.D. ; Nancy St-Arnaud, M.D. ; Charlotte Jacquemin, M.D. ; Guillaume Bessiere, M.D. ; Nancy Pépin, M.D. ; René Wittmer, M.D. ; Elisabeth Turcotte, M.D. ; Ève-Marie Ouellet, M.D. ; Annie Jauron, M.D. ; Ynhu Nguyen, M.D. ; Sophie Laberge, M.D. ; Johanne Frenette, M.D. ; Sylvie Dufresne, M.D. ; Félix Le-Phat-Ho, M.D. ; Danielle Daoust, M.D. ; Sabrina Paradis, M.D. ; Charlotte Kfoury, M.D. ; Jean-François Théroux, M.D. ; Anne Marie Uhlir, M.D. ; Marie Roy, M.D. ; Genevieve Hébert-Semco, M.D. ; François Bonneau, M.D. ; Lynda Hammam, M.D. ; Tara McCarty, M.D. ; Zineb Meliji, M.D. ; Sophie Richard, M.D. ; Josée Turcot, M.D. ; Sophie Bernier, M.D. ; Audrey Bertrand-Bovet, M.D. ; Chantal Gervais, M.D. ; Guillaume Laurier, M.D. ; Isabelle Leblanc, M.D. ; Anne Rochette, M.D. ; Marie-Eve Bergeron, M.D. ; Jérémie Olivier, M.D. ; Denise Drolet, M.D. ; Marie-Eve Leblanc, M.D. ; Marie-Claude Poulin, M.D. ; Julie Grenier, M.D. ; Erika Morissette, M.D. ; Lincey St-Amant, M.D. ; Nathalie Ménard, M.D. ; Marie-Joëlle Fournier, M.D. ; Mathieu Turcotte-Lagacé, M.D. ; Dannie Lagacé, M.D. ; Marianne Harvey, M.D. ; Cynthia Lauriault, M.D. ; Manon Lamoureux, M.D. ; Isabelle Marchand, M.D. ; Danielle Marceau, M.D. ; Valérie Haf Gagné, M.D. ; Michel Hébert, M.D. ; Mickael Francoeur, M.D. ; Genevieve Filteau, M.D. ; Marie-Ève Lafleur, M.D. ; Martine Dozois, M.D. ; Mireille Aylwin, M.D. ; Rachel Nassif, M.D. ; Louise Lemay, M.D. ; Emilie Fournier, M.D. ; Gabrielle Barbarese, M.D. ; Andrée-Anne Parent, M.D. ; Roger Hobden, M.D. ; Dominique Hotte , M.D. ; Martine Roy, M.D. ; Marie-Eve Landry, M.D. ; Marie-Claude Duchesne, M.D. ; Andréa Chabot Naud, M.D. ; Carl Fournier, M.D. ; Mathieu Bernier, M.D. ; Marjolaine Daviau, M.D. ; Josiane Pinard, M.D. ; Mélanie Boudreault, M.D. ; Alexandra Caye, M.D. ; Vincent Lebeau-Lamoureux, M.D. ; Isabelle Bourque, M.D. ; Mélissa Deschênes, M.D. ; Catherine Savard, M.D. ; Laetitia Lam Shang Leen, M.D. ; Marie-Christine Carrier, M.D. ; Diane Lambert, M.D. ; Nicolas Trudeau, M.D. ; Suzie Vermette, M.D. ; Isabelle Jolicoeur, M.D. ; Patricia Marchand, M.D. ; Mance Luneau, M.D. ; Julie Boivin, M.D. ; Yves Turenne, M.D. ; Marie-Line Tousignant, M.D. ; Caroline Hamel, M.D. ; Julie Côté, M.D. ; Mylene Therrien, M.D. ; Jean-Philippe Labelle, M.D. ; Sofia El Kahel, M.D.

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