Le pétrodollar et la bouffe

«Pour les centres urbains, puisque les grands de... (Photo David Paul Morris, archives Bloomberg)

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«Pour les centres urbains, puisque les grands de l'alimentation ont investi énormément en logistique ces dernières années, l'effet des coûts énergiques au niveau de la distribution est marginal», écrit Sylvain Charlebois.

Photo David Paul Morris, archives Bloomberg

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Sylvain Charlebois

Spécialiste de la distribution et des politiques agroalimentaires, l'auteur enseigne à l'Université de Guelph.

Les consommateurs s'attendent à débourser davantage pour s'alimenter en 2015, cela va de soi. Le hic, c'est qu'il est fort probable que le taux d'inflation alimentaire outrepassera encore une fois le taux général d'inflation, principalement en raison d'un dollar canadien qui faiblit pratiquement à vue d'oeil par rapport au greenback américain.

À cause de notre pétrodollar, le pouvoir d'achat pour nos produits alimentaires à l'importation a donc nettement diminué. Le baril de brut léger américain se négociait autour de 51$ hier à la Bourse de New York, une dégringolade spectaculaire depuis l'été dernier, alors que le prix dépassait les 100$.

De façon implicite, plusieurs croient qu'une baisse des coûts énergétiques précède une baisse des prix alimentaires. Il y a de cela quelques années, c'était peut-être le cas. Plus maintenant.

D'abord, lorsque le prix du pétrole augmente, les coûts de production pour l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement sont assurément affectés puisque le coût des fertilisants, des pesticides, de la machinerie agricole et du transport requièrent l'utilisation de pétrole ou de gaz naturel. Par contre, à l'inverse, si les coûts énergétiques diminuent, rares sont les entreprises qui s'engagent à modifier leur liste de prix trop rapidement. Les contrats d'approvisionnement sont souvent négociés sur des termes qui s'étendent parfois sur plusieurs mois. La volatilité du pétrole est telle que les entreprises agroalimentaires tentent de profiter d'une situation possiblement temporaire le plus longtemps possible.

De plus, en raison de la flambée des prix en 2008 et 2009, plusieurs croient que la corrélation entre les prix alimentaires et le coût de l'énergie est toujours élevée. À l'époque, l'augmentation de l'utilisation de matières agricoles comme agrocarburant dans les pays développés, notamment aux États-Unis, a entraîné une diminution de l'offre de nourriture disponible pour la consommation humaine à l'échelle mondiale.

Ce n'est plus vraiment le cas, maintenant, en raison d'un repli important des programmes de subventions favorisant ce genre de production. Les politiques agricoles liées à l'énergie ont changé depuis. De surcroît, si le prix du baril avoisine de nouveau les 150$ US comme en 2008, il est peu probable que les denrées agroalimentaires seront affectées autant. Bref, c'était une bonne leçon pour l'humanité.

Donc, une baisse des coûts énergétiques profitera possiblement aux consommateurs qui vivent en région éloignée, vu les coûts de transport supplémentaires. Mais pour les centres urbains, puisque les grands de l'alimentation ont investi énormément en logistique ces dernières années, l'effet des coûts énergiques au niveau de la distribution est marginal.

La bonne nouvelle se retrouve au niveau du détail. En principe, un ménage de quatre personnes devra payer environ 200$ de plus en 2015 pour se nourrir de la même façon qu'en 2014, si les prévisions sont exactes. Par contre, avec les prix actuels à la pompe, les ménages épargneront potentiellement plus de 600$ l'an prochain en essence, une belle surprise quoi. En fin de compte, le ménage moyen sera gagnant... sans l'aide de l'industrie agroalimentaire.

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