Un État stable, démocratique et tolérant au Moyen-Orient?

Le Kurdistan irakien, dont la capitale est Erbil,... (Photo Thinkstock)

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Le Kurdistan irakien, dont la capitale est Erbil, est l'une des entité les plus stables et démocratiques du Moyen-Orient, constate l'auteur. 

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Richard Foltz

Professeur de sciences des religions et directeur du Centre d'études iraniennes à l'Université Concordia, à Montréal

Étant donné notre engagement militaire en Irak, nous devrions nous demander, en tant que Canadiens, quels sont exactement les objectifs que nous espérons atteindre. Personnellement, après avoir passé trois semaines dans la région, je ne suis pas convaincu que «la préservation de l'intégrité territoriale» de l'État irakien actuel devrait compter parmi ces objectifs.

Depuis qu'il a obtenu un statut semi-autonome en 1992, le Kurdistan irakien a réussi à devenir un État prospère, relativement pacifique et quasi indépendant. Situé dans le nord-est du pays, il représente sans doute l'entité la plus stable, tolérante et démocratique du Moyen-Orient tout entier. La grande majorité de la population désire l'indépendance totale, et il n'existe aucune raison valable de les en priver.

Les trois provinces irakiennes officiellement sous le contrôle du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) ont peu en commun avec le reste de l'Irak. La population, qui se compose presque entièrement de Kurdes - peuple iranophone dont la langue est étroitement liée au persan -, partage peu d'affinités ou de liens avec les Arabes irakiens. La plupart des jeunes parlent peu ou pas l'arabe et préfèrent apprendre l'anglais comme langue seconde.

Bien que les Kurdes soient majoritairement sunnites, ils ne s'identifient pas à l'islam sunnite de leurs voisins arabes, qu'ils associent à l'extrémisme. La politique officielle du GRK prône la tolérance religieuse envers les minorités comme les chrétiens, les juifs et les alévis. Elle montre encore plus de respect envers la secte très persécutée des yézidis, considérant que cette foi peu comprise constitue la religion préislamique originelle des Kurdes.

En outre, la plupart des peuples des provinces du Kurdistan irakien semblent partager et appuyer la politique du gouvernement régional visant à protéger les minorités religieuses et à rejeter l'extrémisme.

La société kurde est conservatrice, mais modérée. Les femmes sont nettement moins présentes dans la sphère publique que dans l'Iran voisin, par exemple. De plus, bien que le voile ne soit pas légalement obligatoire, une grande proportion de femmes choisit de le porter. Les femmes ont activement participé à la lutte pour l'indépendance des Kurdes tout au long du dernier siècle, mais c'est ce rêve politique qui les anime, et non le féminisme en tant que tel.

Alliés fidèles

Les Kurdes irakiens sont le peuple moyen-oriental le plus favorable à l'Occident ainsi que son allié le plus fidèle et sérieux. Ils comprennent qu'ils vivent dans une région difficile et qu'en tant que petit État, ils ne peuvent survivre sans de puissants alliés.

Quand on pose un regard direct et objectif sur le Kurdistan irakien, il est difficile de ne pas en tirer une impression favorable. La région est clairement plus moderne et prospère que tout autre endroit du Moyen-Orient, sauf peut-être les États du Golfe, à qui elle ressemble seulement par la prolifération de centres commerciaux à plusieurs étages. Mis à part les nombreux réfugiés qui ont envahi le Kurdistan pour fuir les zones contrôlées par l'organisation État islamique ces derniers mois, il n'y a aucun signe visible de la pauvreté et des graves inégalités socioéconomiques si répandues à travers le Moyen-Orient. Il n'y a à peu près pas de bidonvilles, et la plupart des bâtiments sont récents - les teintes pastel des maisons fraîchement peintes créent même un air de gaieté qui contraste sévèrement avec le béton gris et désolé omniprésent dans les autres villes moyen orientales.

La prospérité du Kurdistan irakien provient principalement du pétrole, mais celle-ci semble toutefois distribuée plus largement que dans les États autocratiques et hautement hiérarchiques du Golfe. Bref, le contraste entre la sécurité qui prévaut au Kurdistan et la misère qui règne dans le reste de l'Irak n'est pas un hasard.

L'unité de l'Irak actuel ne tient pas à grand-chose. Les Kurdes peuvent difficilement être blâmés pour vouloir se libérer du fardeau d'une société de loin moins fonctionnelle que la leur, avec laquelle ils ne s'identifient pas. Leur aspiration au statut de nation à part entière mérite notre compréhension et notre appui.

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