Les garderies scandinaves

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Bruno Fortin

Trondheim, Norvège

« ...des pays aussi réputés pour leur politique familiale que le Danemark, la Suède, la Norvège et la France ajustent le tarif de garde en fonction des revenus des parents ».

- André Pratte, « Les faits », 22 novembre

Pour paraphraser le shérif du roman de Jim Thompson (1275 âmes), je ne dirais pas que vous avez tort, M. Pratte, mais je ne dirais pas que vous avez raison non plus. J'aimerais préciser quelques faits concernant les garderies dans mon pays d'accueil, la Norvège.

Ici, l'assurance d'une place en garderie fait partie des droits de l'enfance et le tarif y est unique. Les seules « modulations » concernent le deuxième et le troisième enfant, qui bénéficient d'une réduction respective de 30 % et 50 %. Il peut aussi y avoir des exceptions pour les familles à faibles revenus, qui bénéficient d'assouplissements allant jusqu'à la gratuité totale.

Bien sûr, puisque c'est un droit, nul ne saurait en être privé. La directrice de la garderie de ma fille à Trondheim fait la grimace quand on lui parle de modulation généralisée : « Ç'a été comme ça un moment durant les années 90, un enfer administratif. Plus personne ne veut ça ».

Depuis 2008, ma famille et moi avons fait des allers-retours Québec-Norvège avant de nous établir pour de bon à Trondheim, début 2013. Mes filles de 3 et 6 ans ont donc fréquenté des garderies ici et à Montréal et j'aimerais poursuivre le jeu des comparaisons entre les modèles québécois et scandinave.

Quand on se compare...

D'abord, pour inscrire mes filles dans une garderie à Trondheim, je suis allé sur le site de la Commune et j'ai cliqué sur la garderie de mon choix. Rien à voir avec le stress des listes d'attente et les nombreux coups de téléphone que j'ai dû faire au Québec.

Pour ce qui est du ratio enfants/éducateur, on trouve ici, pour les plus petits, un éducateur pour trois enfants. Cette situation facilite bien des choses, dont le respect d'un plan pédagogique, l'aide aux enfants requérant une attention particulière et de fréquentes sorties en plein air, capitales dans la culture norvégienne.

Les bâtiments qui abritent les garderies sont conçus pour être des garderies, dessinés par des architectes allumés qui ont réfléchi aux besoins d'un tel espace. Il y a de grandes cours avec des arbres. On n'imagine pas, comme c'est souvent le cas au Québec, reprendre des locaux commerciaux désaffectés avec un pauvre bout d'asphalte comme terrain extérieur. Ça me fait de la peine de le dire, mais les garderies québécoises ressemblent souvent à des squats lorsqu'on les compare à ici. À un point tel que cette différence a pesé dans notre choix d'émigrer vers la Norvège.

Au-delà de la partisanerie

Sur le plan des orientations nationales, le réseau public mis en place en Norvège a pour but explicite de gommer les inégalités sociales et de faciliter le retour au travail des mères. Deux préoccupations qui ne semblent pas prioritaires au Québec.

Finalement, ce que je trouve beau dans ce success story, c'est qu'il est le produit d'un consensus de tous les partis, de droite comme de gauche. Si, à gauche, on voit ces garderies cinq étoiles comme un instrument d'épanouissement social et de promotion de l'égalité entre les sexes, à droite, on en comprend très bien les bienfaits économiques : des garderies performantes pour inciter les mères à retourner sur le marché du travail et pour mieux préparer les enfants à intégrer l'école et, ultimement, cette économie du savoir.

Certains diront que c'est la manne pétrolière qui permet aux Norvégiens de se payer des garderies de luxe ou la gratuité scolaire (qui a cours depuis 1947, avant le pétrole). Il s'agit plutôt d'un choix de la part des sociétés scandinaves : des pays sans pétrole comme la Suède ou le Danemark ayant un système de garderies fort semblable.

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