Renommerait-on le pont Victoria?

L'auteur déplore que les organismes de toponymie n'aient... (Photo Julien Heon, La Presse)

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L'auteur déplore que les organismes de toponymie n'aient pas été impliqués dans le choix du nom de l'ouvrage qui remplacera le pont Champlain.

Photo Julien Heon, La Presse

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André Bourbeau

Ex-député et ministre libéral

Si le pont qu'il faut remplacer sur le Saint-Laurent s'était appelé «Victoria» plutôt que «Champlain», les représentants du gouvernement fédéral auraient-ils songé, ne serait-ce qu'un instant, à appeler la nouvelle infrastructure Le pont «Maurice-Richard» ? Le Canada anglais, d'un seul bloc, se serait soulevé d'une même indignation.

Pourtant la reine Victoria, malgré les gloires incontestables de son règne, n'a exercé sur le Canada qu'une influence marginale en comparaison de l'apport immense de Samuel de Champlain à la naissance de ce pays. Champlain est le véritable fondateur, non seulement de Québec, mais du Canada.

La Nouvelle-France, c'était un immense territoire qui couvrait le Québec actuel, les provinces maritimes, le Nord-du-Québec et une bonne partie de l'Ontario, des prairies et de plusieurs États américains d'aujourd'hui. C'était, en quelque sorte, le Canada de Champlain.

Lorsque la France a cédé le Canada à l'Angleterre en 1763, on s'est rendu compte de l'incroyable étendue de ce quasi-continent où on ne parlait que les langues autochtones et le français. C'est cela, en grande partie, qui deviendra le Canada, ce pays que Champlain a bâti et structuré en concluant de multiples alliances avec les peuples autochtones et en étendant le commerce, l'exploration, l'éducation et la religion catholique.

Il est hautement justifié d'associer le nom de Champlain à une infrastructure majeure. Personnellement, j'aurais préféré que l'on désigne une université plutôt qu'un pont en commémoration du premier gouverneur de la Nouvelle-France. Mais de grâce, n'effaçons pas d'un coup de tête populiste la mémoire de ce grand homme. On va finir par accréditer la quasi-boutade selon laquelle les Canadiens constitueraient un «peuple sans histoire».

Les représentants fédéraux ont pensé bien faire en lançant une sorte de concours pour désigner le nom du nouveau pont. Dans un pays où l'histoire est si mal enseignée et valorisée, on ne s'étonne qu'à moitié que ce genre de concours fasse ressortir le nom de personnalités associées au passé récent et à des activités populaires. Le nom de Maurice Richard est arrivé en tête, mais on aurait pu tout aussi bien voulu honorer Louis Cyr, le cardinal Léger, le curé Labelle ou l'ex-animateur Réal Giguère. Mais un gouvernement doit avoir un peu plus de profondeur historique...

On a déjà commis deux erreurs grossières. Premièrement, en envisageant de changer le nom du futur pont alors que l'actuelle infrastructure sera démolie. Deuxièmement, en court-circuitant les organismes de toponymie par une consultation populiste bâclée. Il ne faut pas succomber à la bêtise totale en commettant l'ultime erreur de reléguer Champlain aux oubliettes de l'histoire en effaçant son nom du pont de remplacement sur le Saint-Laurent.

Le gouvernement fédéral doit avoir la sagesse de revenir sur sa décision. Le leadership, ce n'est pas de s'entêter à poursuivre une mauvaise idée; c'est, au contraire, la capacité de dépasser la première impression et de s'élever au-delà de la clameur populiste.

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