Vendre ou ne pas vendre, là n'est pas la question

Député du Parti québécois dans Saint-Jérôme, Pierre Karl... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Député du Parti québécois dans Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau est aussi l'actionnaire de contrôle de Québecor.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Pascale St-Onge

Secrétaire générale de la Fédération nationale des communications (FNC - CSN)

Alors que l'Assemblée nationale fait son cirque autour de la «motion Péladeau», la seule vraie préoccupation que devraient avoir les élus, dans cette société démocratique qui est la nôtre, est celle de protéger le public et de lui garantir son droit de recevoir une information de qualité, diversifiée et plurielle.

Québecor ne détient pas environ 40% des médias québécois depuis hier. C'est un empire qui s'est construit pendant des décennies sans aucune intervention sérieuse sur les problématiques de la concentration de la presse, de la convergence et de la propriété croisée.

Que cela pose un problème accru maintenant que Pierre Karl Péladeau est un élu qui aspire aux grands honneurs, nous en convenons, mais la Fédération nationale des communications (FNC - CSN) s'est aussi écriée lorsque Québecor a annoncé qu'elle retirait ses entreprises du tribunal d'honneur qu'est le Conseil de presse du Québec ou encore lorsqu'elle s'est mise à imposer à ses journalistes pigistes des contrats de travail indécents, tant sur l'aspect des tarifs que sur le non-respect des droits d'auteurs et moraux.

Il serait toutefois injuste de faire porter uniquement à Québecor l'état lamentable dans lequel se retrouve notre univers médiatique au Québec. Après tout, l'empire s'est simplement comporté comme toute autre entreprise dont l'objectif principal est le profit, qu'il soit engrangé par sa structure ingénieuse, dans laquelle chaque entreprise joue un rôle permettant d'augmenter la performance de la machine, ou carrément sur le dos de ses employés qui ont vu leurs conditions de travail diminuer ou stagner.

Nous croyons donc que le gouvernement doit considérer les médias non pas comme d'ordinaires entreprises, mais comme des organes essentiels à la vie démocratique. En ce sens, nous pensons que des actions concrètes à plusieurs niveaux sont désormais inévitables et l'affaire Péladeau n'en aura qu'illustré plus concrètement la nécessité.

Nous plaidons depuis de nombreuses années pour une loi-cadre de l'information qui, oui, limiterait la concentration de la presse, la convergence, la propriété croisée et la propriété étrangère des médias, mais aussi qui délimiterait des balises importantes afin d'assurer la qualité de l'information dans les médias et d'affirmer la primauté du droit à l'information et de la liberté d'information.

Ainsi, nous sommes d'avis que l'adhésion au Conseil de presse et à son code d'éthique devrait être obligatoire pour toute entreprise médiatique et que le mandat de celui-ci devrait être renforcé.

La loi-cadre sur l'information devrait également comprendre des prémisses de normes réglementaires et des pouvoirs d'ordonnance. D'autres notions comprises dans cette loi devraient concerner la protection des sources journalistiques (Patrick Lagacé de La Presse et son aventure récente avec la Sûreté du Québec en est un exemple éloquent) ainsi que la protection du droit d'auteur (la volonté du gouvernement Harper de se servir de textes journalistiques à des fins électorales en démontre la nécessité).

De plus, il est urgent de doter les journalistes indépendants d'une loi similaire à celle du statut de l'artiste qui leur permettrait de négocier collectivement des conditions de pratique minimales.

Un problème éthique

Que PKP vende ou ne vende pas ses actions dans Québecor, les problèmes qui gangrènent les médias ne seront pas pour autant résolus. Sa présence à l'Assemblée nationale pose un problème éthique depuis le jour où il a annoncé sa candidature. Évidemment, un propriétaire de média ne devrait pas être simultanément un politicien. Mais même sans être au gouvernement, un seul homme ne devrait pas avoir entre les mains autant de pouvoir que celui que lui procure l'empire Québecor.

Et aujourd'hui, s'il vendait ses actions, qui pourrait s'acheter un tel monstre? Possiblement seulement de gros joueurs tels que Bell, Transcontinental ou Power Corporation, qui eux-mêmes détiennent déjà trop de médias.

Plutôt que la partisanerie politique habituelle, nous espérons que le gouvernement se comportera de façon responsable en s'entourant d'experts sur les médias qui l'aideront à agir afin de protéger le droit suprême du citoyen à avoir accès à une information de haute qualité, diversifiée et plurielle, faute de quoi, c'est notre démocratie qui est en danger.

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