Une alternative moins nocive

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Les recherches tendent à démontrer que les cigarettes électroniques dénormalisent l'usage du tabac au lieu de le renormaliser.

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En tant que chercheurs et médecins, nous souhaitons appuyer la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, pour réglementer les cigarettes électroniques en vertu de la Loi sur le tabac. Non pas que celles-ci constituent une menace pour la santé publique, mais parce qu'elles représentent une nouvelle technologie qui pourrait transformer le marché de la nicotine en offrant une alternative moins nocive aux fumeurs.

Le statu quo actuel interdisant la vente de cigarettes électroniques avec nicotine, même si elle est tolérée, est insensé, car ces dispositifs pourraient réduire les ravages causés par le tabac. Les assujettir à la Loi sur le tabac lèverait en principe l'interdiction qui pèse sur ces produits et permettrait du même coup d'encadrer leur commercialisation et leur usage puisqu'il s'agit quand même d'un produit qui crée une dépendance.

Nous appuyons toujours l'adoption de mesures législatives efficaces pour contrôler les produits du tabac afin de prévenir le plus possible les dommages qu'ils infligent à nos patients. Ces souffrances sont pourtant inutiles; la nicotine n'étant pas le problème (compte tenu des doses présentes dans les cigarettes), mais plutôt les substances nocives libérées par la combustion du tabac.

Or, cette combustion est absente dans les cigarettes électroniques qui chauffent plutôt une solution de nicotine dans du propylène glycol et de la glycérine végétale. Certains dénoncent la présence de substances nocives dans la vapeur de cigarettes électroniques, mais ils omettent de préciser que celles-ci sont beaucoup moins nombreuses et que leurs concentrations sont grandement inférieures à celles produites par les cigarettes traditionnelles.

Les recherches tendent à démontrer que ces produits dénormalisent l'usage du tabac au lieu de le renormaliser. Comme le rapportait la Société canadienne du cancer (SCC), il est légitime de se soucier que des jeunes aient essayé la cigarette électronique. Cependant, nous voulons davantage savoir si cet essai s'est traduit par une augmentation de l'usage de cigarettes traditionnelles.

Le sondage utilisé par la SCC (l'enquête sur le tabagisme chez les jeunes) montre que la prévalence de fumeurs parmi les jeunes n'a jamais cessé de reculer tant au Québec qu'au Canada et que les taux obtenus en 2012-2013 sont les plus bas jamais enregistrés depuis que les jeunes ont commencé à être sondés en 1994.

Aux États-Unis, le National Youth Tobacco Survey est couramment cité pour décrier le fait que la proportion des jeunes de 14 à 18 ans faisant l'usage de la cigarette électronique ait doublé de 1,5 à 2,8% entre 2011 et 2012. Notons toutefois que la proportion de jeunes qui fumaient la cigarette régulière au cours de la même période est passée de 14,6 à 11,8%.

En France, un sondage de l'Office français de prévention du tabagisme conclut que «contrairement à ce qui était redouté, l'e-cigarette apparaît en 2014 chez les jeunes Parisiens davantage comme un produit de «ringardisation» du tabac que comme un produit d'entrée en tabagisme.» D'autres sondages révèlent également que les utilisateurs de cigarettes électroniques sont en grande majorité des fumeurs, ce qui nous permet aussi de douter d'une renormalisation du tabagisme à long terme.

Loin de nous l'idée de sanctionner l'usage de la cigarette électronique chez les jeunes, d'où notre appui à une réglementation. Le défi de la ministre consiste à savoir comment permettre sa mise en marché de façon à tirer profit au maximum de son potentiel pour venir en aide aux fumeurs tout en prenant soin d'en éviter les effets indésirables. Nous croyons particulièrement important que la cigarette électronique ne devienne pas moins accessible que la cigarette régulière.

André Castonguay, chimiste et toxicologiste du tabac, professeur titulaire retraité de l'Université Laval;

Martin Juneau, cardiologue, directeur à la direction de la prévention de l'Institut de Cardiologie de Montréal, professeur titulaire de clinique à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal;

Gaston Ostiguy, pneumologue, directeur de la clinique d'abandon du tabagisme de l'Institut thoracique de Montréal;

Paul Poirier, professeur titulaire à la Faculté de pharmacie de l'Université Laval, responsable du programme de prévention-réadaptation cardiaque à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec;

Fernand Turcotte, professeur titulaire retraité de l'Université Laval

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