Un héros de la démocratie

Il faut souligner le grand rôle qu'a joué pour la démocratie le roi Juan Carlos... (Photo archives Reuters)

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Stéphane Dion

L'auteur est député fédéral de Saint-Laurent - Cartierville.

Il faut souligner le grand rôle qu'a joué pour la démocratie le roi Juan Carlos d'Espagne, au moment où, après 40 ans sur le trône, il abdique en faveur de son fils, le prince héritier Felipe. Une fin de règne difficile, marquée par des scandales qui entachent la famille royale, ne doit pas faire oublier ce qu'il a fait pour l'avancée universelle de la démocratie. Il n'est pas exagéré de dire qu'il a été l'un des héros du XXe siècle.

Rappelons-nous à quel point était difficile la situation des démocraties au milieu des années 70. L'Amérique latine, l'Afrique, l'Asie, l'Europe de l'Est et une partie de l'Europe méditerranéenne étaient sous la férule de régimes autoritaires ou totalitaires. Dans des pays comme la France ou l'Italie, environ le quart des électeurs accordait son suffrage à des partis ouvertement hostiles à la démocratie pluraliste. De telles idées pénétraient les syndicats et les universités de toutes les démocraties occidentales. La démocratie américaine, elle, était discréditée par les séquelles de la guerre du Viêtnam et la crise du Watergate.

Or, ce qui s'est passé, au cours des années qui suivirent, a été tout le contraire d'un rétrécissement de l'espace démocratique et de la liberté individuelle. L'humanité a connu l'un des phénomènes les plus positifs de toute son histoire: une progression sans précédent de la démocratie sur tous les continents. Et d'où cet ébranlement mondial est-il parti? De la Grèce, du Portugal, de l'Espagne, en somme de la Méditerranée, berceau de la civilisation occidentale.

Suivant les voeux de Franco, Juan Carlos Alfonso Víctor María de Borbón y Borbón a été couronné le 22 novembre 1975, deux jours après la mort du dictateur. «Tout est attaché», aurait dit Franco qui, comme son entourage, espérait que le jeune monarque allait poursuivre son autoritarisme. Mais le courageux roi a défié la droite autoritaire et a résolument fait entrer l'Espagne dans le monde démocratique. Son intervention fut particulièrement décisive lors de la tentative de coup d'État menée par des officiers de l'armée le 23 février 1981, lorsqu'il déclara, dans un discours à la nation retransmis en pleine nuit à la télévision:

«La couronne, symbole de la permanence et de l'unité de la patrie, ne peut tolérer aucun acte, aucune attitude de la part de personnes qui entendent interrompre par la force le processus démocratique.»

Croire en la démocratie

Plutôt que d'écouter les voix fatalistes qui clamaient que les peuples latins n'étaient pas faits pour la démocratie, le roi Juan Carlos a cru au destin démocratique d'une Espagne prête à assumer son pluralisme. Ce faisant, ce n'est pas seulement le destin de l'Espagne qui s'est joué; on peut croire que c'est peut-être, aussi, celui de l'humanité. Car c'est simplifier à peine que de dire que, lorsqu'il est devenu clair que l'Espagne ne reviendrait pas en arrière et deviendrait démocratique, plusieurs peuples du monde se sont dit: «Nous en sommes aussi capables que les Espagnols!»

Les années qui ont suivi ont été marquées par une grande vague démocratique qui a déferlé sur tous les continents et qui a culminé avec la mise à bas du mur de Berlin. Cet heureux développement n'avait rien d'inéluctable. Il ne résultait pas d'un quelconque déterminisme historique, étant plutôt l'oeuvre de femmes et d'hommes courageux, à l'image du roi Carlos.

Aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous permettre de tenir ce progrès pour acquis. Il nous faut constamment, et avec vigilance, consolider la démocratie et les valeurs sur lesquelles elle se fonde.




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