Le commerce inéquitable ?

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Sylvain Charlebois

Spécialiste de la distribution et des politiques agroalimentaires, l'auteur enseigne à l'Université de Guelph.

Une récente étude réalisée par l'Université de Londres suggère que le coût supplémentaire payé par les consommateurs pour l'achat de café ou thé équitable semble avoir peu ou pas d'impacts sur les fermes certifiées. En effet, pour les producteurs éthiopiens et ougandais, la certification Fairtrade n'est pas garante d'une meilleure qualité de vie. Au contraire, l'étude londonienne mentionne que certains producteurs vivent dans de pires conditions que la moyenne.

Après avoir passé plus de 1000 jours sur le terrain et avoir l'opportunité de discuter avec plus de 1700 travailleurs, les chercheurs rapportent que 30 % des travailleurs de fermes certifiées Fairtrade gagnent environ 60 % du salaire médian en agriculture. Dans les cas des fermes non certifiées, généralement de plus grandes tailles que la moyenne des fermes certifiées, ce premier pourcentage est plutôt de 5 %.

Quant aux conditions de travail, 52 % des travailleurs de fermes certifiées mentionnent qu'il y a de l'abus au travail comparativement à 29 % dans les fermes non certifiées. L'étude mentionne également que les travailleurs les plus productifs se retrouvent, dans la majorité des cas, sur des fermes non certifiées. Autrement dit, les chercheurs évoquent que la certification Fairtrade est devenue un frein à une production plus efficace.

Évidemment, la réplique de la Fondation Fairtrade International n'a pas tardé et a été d'une brillance inouïe. Au lieu de démentir les faits présentés par le rapport, la Fondation les a corroborés tout en s'engageant à faire mieux. Bref, c'est impeccable. Du coup, le mouvement s'est présenté comme une organisation en apprentissage et à la recherche constante d'un idéal pour les producteurs les moins nantis de la planète.

Bien que les conclusions de l'étude britannique détonnent quelque peu d'autres études qui démontraient des effets contraires, la sobriété de la réponse de Fairtrade rassure. Avec les années, Fairtrade International est devenu une organisation de taille considérable. Le mouvement oeuvre dans plus de 70 pays et certifie plus de 1,2 million de fermes.

Il faut se rappeler que les conditions extrêmes que l'on retrouve dans ces pays sont d'une complexité hors-norme pour les Occidentaux. La pauvreté, le climat, la corruption, les inégalités sociales font que le contexte politico-économique avec lequel Fairtrade doit composer n'est pas évident. Ces facteurs influencent tout de même la vie des plus vulnérables, soit les propriétaires de petites fermes.

D'ailleurs, selon une étude de la Natural Resources Institute, les conditions de vie, pour plusieurs femmes et enfants, se sont nettement améliorées en raison du commerce équitable, soit un aspect important de l'agriculture au sein de pays émergeant.

Pour nous, le commerce équitable émane d'une stratégie marketing, mais les producteurs agricoles qui dépendent du programme sont tout de même assujettis à des conditions de marché extrêmement défavorables. En effet, le commerce équitable ne favorise aucunement l'industrialisation agricole. Le mouvement mise surtout à protéger de petites fermes qui ont accès à peu de ressources. Une cause noble, bien sûr, mais cette approche a certes ses limites économiques et l'étude de l'Université de Londres semble le reconnaitre.

Bref, le commerce équitable semble perdre de la vitesse aux yeux des consommateurs. À cet effet, un récent sondage suggérait que plus de 68 % des consommateurs ont plus ou moins confiance envers l'efficacité du mouvement équitable. De plus, plusieurs grands distributeurs alimentaires canadiens n'ont pas vu leurs ventes de produits équitables augmenter de façon substantielle au cours des dernières années, puisque ces produits sont généralement plus dispendieux. Ce qui laisse présager que le temps est peut-être venu pour le mouvement de changer sa stratégie afin de mieux faire comprendre ses intentions.




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