Un mauvais goût idéologique

Maxime Bernier a offert un plaidoyer pour que... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Maxime Bernier a offert un plaidoyer pour que le Québec reprenne sa place au sein du Canada.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphane Dion

L'auteur est député fédéral de Saint-Laurent-Cartierville et porte-parole du Parti libéral du Canada pour les relations intergouvernementales.

Si Maxime Bernier avait appelé les Québécois à investir tous leurs efforts et leurs talents pour améliorer le Canada plutôt qu'à en gaspiller une bonne partie à tenter de s'en séparer, j'aurais applaudi des deux mains. Mais il a fallu qu'il donne un mauvais goût idéologique et partisan à son appel. Il a décrit le Canada comme un projet de droite, et le Québec comme une dérive de gauche qui a mal tourné.

Le Canada et le Québec ne sont en soi ni à droite ni à gauche. Ils sont ce que choisissent d'en faire les citoyens et leurs gouvernements. Et qu'ils soient de gauche, de droite ou du centre, les Québécois ont intérêt à rester unis aux autres Canadiens pour développer l'immense potentiel du Canada.

Si Maxime Bernier s'était borné à souhaiter qu'un jour, nous les Québécois, puissions nous passer de la péréquation et aider les autres Canadiens avec la même générosité dont les provinces donatrices font preuve à notre égard aujourd'hui, il aurait affiché une noble ambition. Mais il s'est montré condescendant et méprisant en affirmant, selon le compte-rendu de la presse canadienne: «Je ne suis pas fier d'être Québécois lorsqu'on est une province pauvre!»

Se retrousser les manches

plutôt que d'avoir honte

Ni nous, Québécois, ni nos concitoyens des six autres provinces qui reçoivent de la péréquation, n'ont à rougir de ce que notre province soit aujourd'hui un peu moins riche que la moyenne canadienne, laquelle, après tout, correspond à l'un d'un des niveaux de vie les plus élevés de la planète. Nous devons plutôt nous retrousser les manches pour nous élever au-dessus de cette moyenne exigeante.

Si Maxime Bernier nous avait invités à ne plus écouter un certain nationalisme qui nous invite à toujours attribuer nos difficultés aux «autres» (les Anglais, le fédéral, Ottawa...), il aurait été dans le vrai. Mais il a assimilé toute demande pour une aide fédérale accrue à une mentalité quémandeuse. Il se trouve que certaines demandes provinciales peuvent être légitimes, et certains refus fédéraux intransigeants.

Si Maxime Bernier avait dit sans ambages que rien ne justifie la séparation du Canada, il aurait fait oeuvre utile. Mais il a préféré prédire que le retour d'un gouvernement libéral à Ottawa raviverait la flamme indépendantiste. Il dénonce les mythes indépendantistes lorsqu'ils visent son parti, mais les appuie lorsqu'ils ciblent le parti rival.

Appel à l'unité

Il serait trop facile de lui répondre sur le même ton. On pourrait se demander quels auraient été les résultats des référendums de 1980 et 1995 avec un Joe Clark ou un Preston Manning comme premier ministre plutôt que Pierre Trudeau ou Jean Chrétien. On pourrait rappeler que Mme Marois s'est fait élire en 2012 en dénonçant les politiques ultraconservatrices du gouvernement Harper.

On pourrait dénoncer l'unilatéralisme, l'absence de dialogue et les cafouillages qu'ont connus les relations fédérales-provinciales sous Harper, ainsi que la foule de décisions politiques mal avisées du gouvernement conservateur en matière de santé, de justice, de formation professionnelle, de prestation pour les aînés et d'immigration, décisions qui coûtent cher aux provinces.

Mais répondre ainsi, cela n'aurait pas de raison d'être dans la perspective d'un appel à l'unité canadienne. S'il fallait changer de pays chaque fois qu'on n'aime pas le gouvernement, quel pays pourrait survivre? Un pays ne se résume pas au gouvernement du jour!

Il me suffit de répondre à M. Bernier que le Canada et le Québec sont bien plus grands, bien plus nobles, bien plus généreux que le gouvernement Harper. Heureusement!




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