Lettre ouverte d'un valet de l'État

Les fonctionnaires devraient avoir droit à de meilleures... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Les fonctionnaires devraient avoir droit à de meilleures considérations de la part de l'État, mais aussi de la population en général, croit l'auteur.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Daniel Deschênes

L'auteur est enseignant de français. Il réside à Montréal.

Chaque fois qu'il est question de mon salaire dans les médias, j'ai toujours l'impression que les gens voudraient que je travaille pour des «pinottes». Ce n'est pas des farces, le gouvernement va me donner 1% d'augmentation «surprise» en 2015 parce qu'en cinq ans de convention collective, les employés de la fonction publique ont reçu des augmentations de salaire inférieures de 2,1% par rapport à l'inflation. Ce qui, en clair, signifie que j'ai perdu de l'argent et du pouvoir d'achat. Ceci n'est pas une augmentation, ceci est un rattrapage salarial.

Quand on demande aux employés d'industries de réduire leurs salaires pour que leur entreprise soit «concurrentielle», on crie partout que c'est «donc ben effrayant», mais quand ce sont les infirmières et les enseignants, on dirait qu'au Québec, on a le réflexe de penser aux «bonnes soeurs» qui travaillaient gratuitement et on se dit que les employés d'aujourd'hui, grosso modo, devraient faire pareil, que ce sont des saints.

À tous ceux qui souhaiteraient donc, grosso modo, un gel de salaire perpétuel pour les employés de la fonction publique, j'aimerais vous inviter à faire mon travail pendant une année, devant quatre classes de 35 ados qu'il faut éduquer, élever, écouter (parce que souvent leurs parents ne le font pas), divertir, discipliner, passionner pour la langue française, et toute autre tâche connexe. Vous verriez que nous travaillons très fort pour notre argent. Même chose pour les infirmières, les ergothérapeutes, etc.

Je n'en peux plus de cette idéologie néolibérale qui pense d'abord à couper dans le salaire de ceux qui se donnent corps et âme pour l'État. Au Québec, on a choisi de rendre presque tous les services publics plutôt que de les laisser à la logique du profit, mais cela ne veut pas dire pour autant que je suis un valet de l'État.

J'ai 20 ans de scolarité, une expertise en éducation et en littérature et, respectueusement, je crois que quelqu'un qui n'a pas étudié dans mon domaine ne pourrait pas faire mon travail, au même titre que je serais un mauvais technicien dans une usine.

Toute expertise se paie, et, personnellement, plutôt que d'être ravi de cette augmentation «surprise», je suis bien désolé de voir que, graduellement, je perds de l'argent en donnant, comme tout le monde, les meilleures années de ma vie à un État qui, de plus en plus, semble rire de moi et se moquer complètement de ce que je lui apporte.




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