L'exemple scandinave

La production d'hydrocarbures a contribué au modèle social-démocrate... (Photo Kristian Helgesen, archives Bloomberg)

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La production d'hydrocarbures a contribué au modèle social-démocrate de la Norvège, estime l'auteur.

Photo Kristian Helgesen, archives Bloomberg

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Jean-Sébastien Marcil

L'auteur est directeur de l'exploration chez Junex. Il oeuvre dans le domaine des ressources naturelles depuis plus d'une quinzaine d'années.

Plusieurs personnes engagées dans le débat public nous présentent les pays scandinaves comme des modèles à suivre, notamment en matière de social-démocratie et de politiques énergétiques. Je trouve toujours sympathique d'entendre ces gens comparer le Québec aux pays du nord de l'Europe. Moi aussi j'adore la Scandinavie. J'y suis allé une fois et j'espère vivement retourner visiter cette région du monde. J'aimerais d'ailleurs, moi aussi, que le Québec ressemble plus aux pays scandinaves.

J'avoue que je suis séduit et intrigué quand je lis sous la plume de nombreux opposants à la production pétrolière au Québec que nous devrions tirer des leçons du Danemark et de la Suède qui se sont donné «des plans crédibles de sortie du pétrole» tout en soutenant la croissance de leur PIB («le Danemark a vu son économie croître de 78% depuis 1980 alors que sa consommation d'énergie est demeurée constante» selon une lettre ouverte co-écrite par des chercheurs québécois oeuvrant au sein d'institutions scandinaves).

Mais en y regardant de plus près, les données économiques officielles de ces deux pays me montrent que la réalité est bien plus nuancée. Oui, effectivement, la consommation journalière de pétrole au Danemark est passée de 223 600 barils par jour (BOPD) en 1985 à 167 500 BOPD en 2010, soit une diminution de 25%. Toutefois, en 25 ans, la production quotidienne de pétrole a bondi de 415% (59 100 à 245 500 BOPD), et celle de gaz naturel de 662%.

Bref, si le Danemark a réduit sa consommation de pétrole de 25% depuis 25 ans, il a, pendant la même période, plus que quadruplé sa propre production pétrolière. La courbe du PIB danois suit celle de ces augmentations significatives de production d'hydrocarbures. Dans le but de maintenir bien active son domaine pétrolier, le Danemark fait la promotion de ses bassins sédimentaires extracôtiers depuis plusieurs années, autant ceux de la mer du Nord que les immenses territoires au large du Groenland.

De son côté, la Suède ne produit ni pétrole ni gaz naturel. Tout comme le Québec, c'est donc un grand importateur net de pétrole brut. La consommation suédoise de pétrole est passée de 357 200 BOPD en 1985 à 316 000 BOPD en 2011, soit une diminution de 12% en 26 ans. Toutefois, cette diminution a largement été compensée par une augmentation de 1360% de la consommation annuelle d'une autre énergie fossile, le gaz naturel.

Quant à la Norvège, nul besoin de rappeler que la production d'hydrocarbures a grandement contribué à la prospérité de leur modèle social-démocrate, en constituant près de 30% des revenus totaux de l'État. Ce qui ne les empêche pas de figurer parmi les pays les plus progressistes au monde.

Grands explorateurs dans l'âme, les Scandinaves ne semblent pas avoir peur du pétrole ou du gaz naturel, de les utiliser pour alimenter leur mode de vie, ou de les produire, quand ils en ont, pour s'enrichir et soutenir les programmes sociaux. En fait, les pays comme la Norvège ou le Danemark sont plutôt d'excellents exemples pour démontrer à quel point il peut être collectivement profitable de développer ses ressources pétrolières et gazières sans renier ses valeurs environnementales.




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