L'égalité pour les femmes: oui monsieur!

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Francis Dupuis-Déri

L'auteur est professeur à l'UQAM et codirecteur de l'ouvrage Le mouvement masculiniste au Québec.

La Presse publiait le lundi 21 avril une lettre ouverte intitulée «L'égalité, «Yes Ma'am!» », signée par Éric Lengellé. Il y donnait la réplique à la lettre «Pour un girls club en politique» (16 avril), dans laquelle Martine Delvaux et Pascale Navarro proposaient une législation sur la parité en politique, après avoir constaté qu'il y avait moins de femmes à l'Assemblée nationale depuis l'élection du 7 avril.

Dans sa réplique, M. Lengellé jouait de sarcasme, se demandant si un Parlement comptant plus de femmes travaillerait vraiment à l'atteinte de l'égalité, par exemple en créant un Conseil du statut de l'homme (puisqu'il y a un Conseil du statut de la femme), en lançant des programmes d'aide aux hommes dans des métiers non traditionnels (comme il y a pour les femmes) et en instituant la «garde partagée automatique» des enfants en cas de rupture entre les parents.

Il y a trois problèmes importants dans la manière dont M. Lengellé joue avec la notion d'égalité.

Premièrement, il reprend les stéréotypes masculinistes qui laissent entendre que rien n'est fait pour aider les hommes au Québec. Il ne voit donc pas que les résultats scolaires de garçons s'améliorent et qu'il y a des projets et des programmes d'aide à la réussite et de lutte au décrochage (et des programmes d'aide à l'itinérance et au suicide, deux problématiques associées surtout aux hommes).

À ne regarder que les programmes universitaires où il y a plus de femmes étudiantes, il ne voit pas que les universités sont contrôlées en majorité par des hommes (rectorat, corps professoral, subventions, etc.). À prétendre qu'il n'y a que des programmes pour aider les femmes dans les métiers traditionnellement masculins, il ne reconnaît pas que tout n'est pas égal, et que les métiers traditionnellement féminins sont désavantageux en termes de prestige et de salaire.

Quant aux tribunaux qui n'accordent pas la garde aux pères, il oublie de dire qu'environ 80% des pères préfèrent que la mère ait la garde des enfants, et que la situation financière des mères monoparentales est généralement pénible. Il oublie aussi de mentionner qu'imposer la garde partagée pose de graves problèmes quand le père est violent.

Deuxième problème, il ridiculise l'idée qu'il y aurait encore des boys clubs au Québec, sinon quelques hommes qui «ne doivent pas faire grand-chose d'autre que somnoler parmi les effluves de scotch et de cigare». Il ne parle pas des millions de dollars gaspillés pour quelques dizaines d'hommes qui conduisent des voitures F1 ni des hommes seuls à la tête des institutions religieuses.

Il ne voit pas qu'il y a un problème d'inégalité de pouvoir entre les sexes quand les hommes sont encore majoritaires au parlement, aux conseils d'administration des grandes firmes privées, des banques, des médias, à la tête de l'armée et de la police (il préfère prétendre que les femmes ne s'y intéressent pas, évacuant ainsi la conséquence, soit l'inégalité de pouvoir).

Troisième problème, et le plus important. M. Lengellé confond un principe abstrait, l'égalité, et un problème concret, soit l'inégalité entre les sexes au Québec, qui avantage en général les hommes, et désavantage en général les femmes.

M. Lengellé termine sa lettre en se demandant «jusqu'où» veulent aller les féministes. Sans doute jusqu'à l'égalité. Oui, cette égalité qui n'est pas un simple principe abstrait permettant de prétendre que ce que l'on donne à l'une doit être donné à l'autre, mais cette égalité qui sera atteinte quand le Québec sera juste envers les femmes, toutes les femmes...

Prétendre que la société québécoise est injuste envers les hommes en pointant quelques acquis des femmes est au mieux rigolo, au pire de mauvaise foi, et peut-être même antiféministe. En tout cas, cela ne fait rien pour l'atteinte de l'égalité entre les sexes.

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