Des objectifs sensibles, sans cibles

Payer plus cher des médecins pour qu'ils continuent... (Photo archives)

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Payer plus cher des médecins pour qu'ils continuent essentiellement à faire ce qu'ils faisaient déjà constitue une augmentation salariale déguisée.

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Daniel Poirier

L'auteur est retraité, directeur sortant de la planification de la main-d'oeuvre médicale au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le gouvernement consacre des sommes considérables à l'amélioration des conditions de travail et de rémunération des médecins de famille et des médecins spécialistes.

Au terme de chaque négociation, quelques centaines de millions de dollars sont dépensées pour financer des augmentations tarifaires augmentant ainsi le revenu annuel moyen de tous les médecins. Historiquement, le pourcentage d'augmentation correspondait à celui convenu entre le gouvernement et les syndicats du secteur public et parapublic représentant aujourd'hui 430 000 employés de l'État.

En 2007, le gouvernement a rompu avec ce principe. Il a introduit pour la première fois dans l'histoire de la négociation au Québec, et pour les médecins seulement, un concept inédit de rattrapage salarial qui confirmait la nécessité de réduire les écarts entre le niveau de rémunération des médecins du Québec et celui des médecins des autres provinces. Le coût pharaonique de cette mauvaise décision pèse encore aujourd'hui très lourdement dans la balance de l'équilibre budgétaire.

Comme si ce n'était pas suffisant, en plus des augmentations tarifaires, quelques centaines de millions de dollars additionnels servent à rémunérer davantage les médecins qui contribuent à l'amélioration de l'accessibilité aux services médicaux en acceptant volontairement de modifier leur pratique clinique ou de maintenir leur bonne pratique.

Le gouvernement et les syndicats de médecins s'attendent à ce que ceux-ci travaillent davantage ou différemment de sorte que, par exemple, ils prendront efficacement en charge plus de patients et diminueront le nombre de personnes qui n'ont pas accès à un médecin dans un délai raisonnable.

Dans les faits, relativement peu de médecins modifient significativement leur pratique clinique en réponse aux incitatifs financiers négociés, de sorte que la part la plus importante des coûts ne sert qu'à payer davantage les médecins qui participent déjà aux activités cliniques priorisées, activités dont le niveau global doit pourtant être augmenté pour en améliorer l'accès.

L'examen des conventions collectives révèle que les mesures retenues pour améliorer l'accès aux services ne sont pas accompagnées de cibles précises et mesurables et que les engagements formels des parties négociantes à obtenir des résultats concrets à cet égard sont minimalistes.

Conséquemment, des centaines de millions de dollars sont dépensés pour financer des mesures qui répondent à des objectifs sensibles, mais sans cibles. Payer plus cher des médecins pour qu'ils continuent essentiellement à faire ce qu'ils faisaient déjà, constitue une augmentation salariale déguisée et une très mauvaise gestion des fonds publics.




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