La défaite du nationalisme identitaire

Bernard Drainville, l'instigateur de la Charte de la... (Photo Olivier PontBriand, archives La Presse)

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Bernard Drainville, l'instigateur de la Charte de la laïcité.

Photo Olivier PontBriand, archives La Presse

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Philippe Bernier Arcand

L'auteur a écrit La dérive populiste (Poètes de brousse, 2013).

La défaite du Parti québécois, c'est aussi la défaite d'une certaine vision au sein du PQ, celle du nationalisme identitaire. En effet, on avait remarqué au sein du parti une progression du courant conservateur - réactionnaire, même -, prônant un nationalisme identitaire, au détriment d'un courant progressiste dont l'influence diminuait.

Le PQ est né dans les libertés des années 60-70. Ces années sont associées au progressisme et au libéralisme culturel, concernant notamment la contraception, la liberté sexuelle, l'avortement, le féminisme, la remise en cause de la famille traditionnelle et le métissage de la société.

Ce libéralisme culturel était associé à des valeurs telles que l'égalité hommes-femmes, l'ouverture sur le monde, la permissivité, la reconnaissance des minorités, les droits de l'homme et la contestation des pouvoirs. Ce mouvement sur les questions de société a perduré et prend aujourd'hui forme dans la tolérance, l'ouverture aux différences, une attitude favorable aux immigrés, à l'islam, à l'homosexualité, de même que dans une solidarité avec les plus démunis.

La cuisante défaite aux élections provinciales de 2007 où le PQ a été relégué à la deuxième opposition, et le succès de l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui a réussi à passer du statut de parti marginal à celui d'opposition officielle, a donné l'impression à certains stratèges du PQ qu'une partie de son électorat réclamait de l'ordre, de l'homogénéité et des traditions.

Ainsi, le PQ a voulu créer une rupture en misant sur des réactions de fermeture et de repli contre les immigrés, contre les assistés sociaux, contre le déclin des valeurs morales et contre les désordres sociaux. Cela allait pourtant à l'encontre de l'ADN du parti.

Il est vrai qu'il existait différents courants politiques et idéologiques au sein du PQ, mais le courant dominant prônait un nationalisme de gauche rêvant d'un Québec progressiste, environnementaliste, féministe et démocratique. Il est indéniable que le PQ s'est inscrit dans une optique globalement sociale-démocrate après son élection en 1976.

Angoisse identitaire

Toutefois, depuis les dernières années, quelques indices laissaient croire qu'on s'en allait tranquillement vers une autre direction. Il ne fait aucun doute que le PQ a tenté de jouer la carte de l'ouverture et de la diversité après les paroles malheureuses du premier ministre Jacques Parizeau en 1995. Après 1995, le parti s'est montré très ouvert à l'immigration et aux communautés culturelles, peut-être même trop, aux yeux de certains militants.

On assistait parallèlement, au Québec et ailleurs dans le monde, à un nouveau type de discours dans les milieux politiques comme dans les milieux intellectuels, un discours plus nationaliste, traditionaliste, conservateur et populiste. L'ADQ a répliqué par un nationalisme conservateur qui a eu beaucoup de succès. Depuis 2007, à la suite du départ du chef du PQ, André Boisclair, et de son remplacement par Pauline Marois, le parti a subi un virage identitaire pour reprendre le terrain perdu au profit de l'ADQ.

Le PQ a voulu surfer sur le sentiment d'angoisse identitaire qu'on a vu notamment au Québec lors de la «crise des accommodements raisonnables». On a tenté de convaincre que la majorité canadienne-française était menacée par des minorités qui tenteraient d'infiltrer - de gruger même - les institutions de la majorité.

Cette stratégie populiste a eu beaucoup de succès depuis quelques années chez de nombreuses formations politiques - généralement de droite ou d'extrême droite - dans plusieurs démocraties occidentales, mais n'a pu être transposée avec succès au sein du PQ. Un peu comme si la greffe de cette stratégie n'a pas voulu prendre tant elle allait à l'encontre de l'essence même du parti. Un parti peut évoluer, se moderniser, se réformer même, mais peu importe le parti politique, il est suicidaire de miser sur une stratégie qui va à l'encontre des valeurs qu'il incarne.

La défaite du PQ, c'est aussi la défaite de sa stratégie populiste qui prônait le nationalisme identitaire. En misant sur un nationalisme conservateur, le PQ n'a pas su rester fidèle à ses valeurs. Pour les péquistes, il ne reste plus qu'à espérer que leur parti tourne la page sur cette période sombre de son histoire et que, maintenant dans l'opposition, le PQ redevienne le PQ, c'est-à-dire un parti moderne, social-démocrate et ouvert sur le monde.




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