Les orphelins de centre gauche

Électeurs et électrices de centre gauche, j'ai attendu la mi-campagne pour vous... (Photo d'archives Le Soleil, Erick Labbé)

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Photo d'archives Le Soleil, Erick Labbé

François-Pierre Gingras

Professeur retraité de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

La Presse

Électeurs et électrices de centre gauche, j'ai attendu la mi-campagne pour vous écrire, mais plus la campagne progresse (d'autres diraient: plus la campagne stagne), plus votre position me semble inconfortable. En effet, vous faites face à un grave problème: vous êtes devenus orphelins de parti.

Parmi les quatre principaux partis, il y en a un fédéraliste de centre-droite (Parti libéral), un de centre-droite nationaliste (Coalition avenir Québec), un de gauche souverainiste (Québec solidaire) et un souverainiste flottant sur l'échelle gauche-droite (Parti québécois).

Québec solidaire et le Parti libéral ont une position très claire, la Coalition avenir Québec est assise entre deux chaises sur la dimension nationale et le Parti québécois est assis entre deux chaises sur la dimension socioéconomique.

Si vous êtes fédéraliste de centre gauche, aucun parti ne correspond à l'ensemble de vos convictions: ne comptez ni sur le Parti libéral ni sur la Coalition avenir Québec pour des politiques sociales progressistes, ne comptez pas sur Québec solidaire ni sur le Parti québécois pour cesser de promouvoir l'indépendance. Pas de NPD-Québec: aussi bien voter «blanc» (c'est un vote, et, contrairement à l'abstention, un vote blanc vous donne le droit de critiquer après l'élection). C'est frustrant pour vous, mais pas nouveau.

Si vous êtes souverainiste de centre gauche, ce n'est guère mieux. D'une certaine manière, c'est pire, parce que vous avez le sentiment d'avoir été violés. En effet, vous pouviez autrefois tenir pour acquis que le Parti québécois était de centre gauche, mais ce n'est plus clair depuis quelques mois, quoi qu'en dise la Boussole électorale de Radio-Canada: dérouler le tapis rouge pour Pierre Karl Péladeau n'a fait que confirmer la dérive péquiste à droite dans un souci électoraliste.

Si vous croyez que le projet souverainiste doit être un projet rassembleur, vous avez encore plus de problèmes, car l'obstination de Mme Marois à ne pas scinder la Charte de la laïcité (ce qui aurait permis l'adoption rapide et probablement unanime de la plupart des mesures qui y sont contenues) est une autre preuve que sous sa direction, c'est le calcul électoral qui prime. Pas la recherche de la meilleure politique possible.

Si au moins, l'élection avait été déclenchée à la suite d'une défaite en Chambre, vous auriez pu croire en la sincérité du ministre Bernard Drainville, qui jurait à l'automne 2012 qu'avec des élections à date fixe, «madame la première ministre» ne pourrait jamais déclencher d'élection «à un moment jugé opportun par le parti au pouvoir».

Si vous êtes disposés à vous pincer le nez devant le manque de cohérence du Parti québécois depuis son arrivée au pouvoir, vous lui accorderez probablement encore votre vote pour éviter l'élection des libéraux. Vous aurez honte, mais avec beaucoup de chance, le Parti québécois sera reporté au pouvoir. Et encore minoritaire.

Si, au contraire, vous êtes plutôt portés à être fidèles à vos principes, vous risquez de pencher vers Québec solidaire, dont les porte-parole, même plus radicaux que vous, ont au moins le mérite d'être toujours cohérents, souverainistes et progressistes. Vous sortirez de l'isoloir la tête haute, mais le lendemain, vous devrez peut-être vivre avec un gouvernement libéral.

Dans tous les cas, si vous êtes de centre gauche, vous aurez à vivre la frustration de l'orphelin. Et, si vous êtes des souverainistes de centre gauche, la frustration de l'orphelin trahi. Soyez assurés de toute mon empathie.




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