On attend mieux de vous, Madame

Pauline Marois, première ministre du Québec et chef... (Photo Ryan Remiorz, La Presse Canadienne)

Agrandir

Pauline Marois, première ministre du Québec et chef du Parti québécois.

Photo Ryan Remiorz, La Presse Canadienne

Brendan Coffey

L'auteur est étudiant et habite Montréal. Il adresse sa lettre à Pauline Marois.

Mme Marois,

Je m'adresse à vous et à votre parti comme un citoyen des plus préoccupés. Je quitte le Québec, que j'adore, d'ici quelques mois afin de poursuivre mes études ailleurs au Canada. Je me sens poussé à vous écrire, car le Québec que je quitte me désole.

Vous pensez surement pouvoir polariser le débat sur les valeurs québécoises et en soutirer des avantages politiques à court terme. Mais je vous assure que ce que vous faites aura des impacts bien au-delà du scrutin du 7 avril.

Chaque élection, les mêmes enjeux resurgissent. La santé, l'éducation et l'économie sont au coeur des priorités des Québécois, et avec raison. Mais ce que vous avez accompli en faisant des «valeurs québécoises» un enjeu central, c'est de diluer le débat.

Au lieu d'avoir des conversations enlevantes sur l'avenir économique du Québec avec mes collègues, je me retrouve à avoir des conversations répétitives sur notre identité ou sur la laïcité de l'État. Aucun mot sur la dette ni sur le déséquilibre budgétaire. Aucun mot sur la façon de former nos jeunes. Je me retrouve ainsi à avoir des débats que mes grands-parents ont vécus dans les années soixante. Des débats qui n'ont plus leur place dans le contexte actuel.

Je ne vous écris pas, Mme Marois, pour vous ennuyer avec mes conversations personnelles. Ce que je vous reproche, c'est de faire croire à une nouvelle génération d'électeurs que les enjeux d'économie et d'éducation sont secondaires. Par le fait même, en mettant de l'avant des questions d'identité et de laïcité, je crains que vous insécurisiez cette même génération d'électeurs à propos de leur propre identité.

J'en conviens, nous devons comme société trouver une façon d'encadrer les accommodements raisonnables. Mais je refuse de croire que cette conversation doit avoir lieu au détriment de sujets beaucoup plus pressants.

Ne vous laissez pas tromper par mon nom, je suis né d'un père Canadien français et d'une mère de descendance irlandaise. Je considère le français comme ma langue maternelle. Je peux vous assurer, Mme Marois, que mon départ n'est pas une fuite, loin de là. Je vous annonce aussi que jamais je n'accepterai de perdre ce qui me rend unique: le fait que je suis profondément Québécois.

Vous ne m'aurez pas avec votre jeu politique. Mon identité, je la connais, et je l'aime. Qu'une femme me serve avec un hijab à la SAAQ, je n'en pense rien. D'ailleurs, j'entends revenir habiter un Québec plus ouvert et prospère que celui que je quitte. Mais ma crainte existe pour ceux dont vous tentez de profiter. Vous prétendez essayer de bâtir un Québec plus fort, mais comment pouvez-vous le faire alors que la bâtisse s'écroule par le bas?

Ce que je souhaite surtout, c'est que vous retrouviez le discours social-démocrate du PQ. Quoique je n'adhère pas à l'article 1 de votre programme, je crois au bien-être que le Parti québécois peut apporter au Québec. Votre discours démagogique actuel blesse non seulement ma personne, mais mon intelligence. J'espère que les Québécois vous répondront aussi honnêtement que je le fais en ce moment, le 7 avril au soir.

En vous souhaitant une fin de campagne honnête et transparente.




la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer