Mourir sans dignité

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Mélanie Dugré

Avocate, l'auteure collabore régulièrement aux pages Débats.

Je l'avoue; j'ai été naïve. Pendant un moment, j'ai été fière du travail de nos parlementaires, qui se sont élevés au-dessus de leurs intérêts personnels et de ceux de leur parti pour créer la commission spéciale Mourir dans la dignité, parcourant le Québec pour sonder l'opinion publique et réclamant des rapports étoffés de la part de médecins et juristes experts afin d'écrire une loi avant-gardiste qui permettrait aux citoyens de réclamer une aide médicale pour mettre fin à leurs jours.

J'ai osé croire qu'il était possible de faire de la politique sans partisanerie. Lunettes roses sur le bout du nez, j'ai écrit, en janvier 2013, que les efforts déployés pour faire avancer le débat et briser les tabous méritaient d'être salués et qu'il était réconfortant de constater qu'en cette occasion d'exception, politiciens et citoyens semblaient vouloir avancer dans la même direction. «C'était l'bon temps», comme on dit.

Parce que le naturel de la joute politique, brièvement chassé, est brusquement revenu au grand galop lorsque Pauline Marois, à la veille du dépôt du budget, a senti la soupe chaude et choisi de déclencher des élections précipitamment afin de sauver la face. D'un claquement de doigts, toute la retenue, la pondération et la sobriété auxquelles les élus nous avaient habitués dans ce dossier se sont envolées en fumée, le positionnement stratégique reprenant ses droits.

Devant ce spectacle navrant, je ne peux m'empêcher d'avoir une petite dent contre Pauline Marois et une très grosse contre Philippe Couillard. La première pour avoir créé une crise et instauré un sentiment d'urgence et le deuxième pour avoir refusé l'offre du gouvernement de prolonger les discussions au-delà des heures ouvrables afin que les élus puissent voter sur le projet de loi 52, plaidant que ses députés ne devraient pas être bousculés sur une question aussi importante.

Or, j'estime qu'après plus de deux ans de travaux et de réflexion, chacun a eu amplement l'occasion de méditer sur le sujet et de se forger une opinion. La vérité inavouable, c'est que Philippe Couillard ne voulait surtout pas permettre à Pauline Marois de s'enorgueillir de l'adoption de cette loi novatrice pendant 33 jours de campagne électorale.

Devant l'imminence d'une nouvelle campagne électorale, plusieurs ont déploré l'inévitable mort du projet de loi 52. Même s'il est trop tard pour renverser la vapeur, je crois pour ma part que nous ne nous sommes pas suffisamment indignés de cette odieuse tournure des événements et de cette fin en queue de poisson d'un projet de loi qui méritait enfin d'aboutir. La conjoncture est malheureusement perdue et des millions de dollars ont été investis sans résultat.

Pendant que d'autres millions seront maintenant engloutis pour la parade des candidats et de leurs insipides slogans, il faut nous préparer à nous tenir debout devant le prochain gouvernement que nous élirons. Même si les partis d'opposition se sont engagés, du bout des lèvres, à ramener le sujet à l'agenda, il nous reviendra de talonner nos élus afin qu'ils n'aient d'autre choix que de remettre ce projet de loi sur la liste des priorités.

En écoutant Pauline Marois tracer un bilan couleur pastel de ses 18 mois au pouvoir et en la voyant refuser momentanément de se mouiller devant les questions des journalistes, j'ai été happée par une vague de dépit et de désillusion tout en ayant l'impression que notre précieuse démocratie avait soudainement des allures de paralysie. Mes lunettes roses sont bel et bien cassées; il me reste 25 jours de campagne électorale pour les recoller.




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