L'opéra, un sport olympique

La structure sociale qui favorise un athlète plutôt... (Photo fournie par l'auteure)

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La structure sociale qui favorise un athlète plutôt qu'un artiste est déplorable, souligne l'auteure, elle-même chanteuse d'opéra.

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Charlotte Gagnon

L'auteure est une mezzo-soprano et réside à Montréal.

Les Jeux olympiques ont pris fin et, pour moi, ce fût la fin d'une longue période de frustration. Même si j'éprouve énormément d'admiration pour nos athlètes canadiens, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine injustice.

Je suis chanteuse d'opéra et, croyez-moi, lorsqu'on parle de dévotion et de discipline, je m'y connais! Il y a maintenant huit ans que j'ai choisi le chant comme mode de vie, et les années qui ont précédé mon choix de carrière définitif ne furent pas particulièrement reposantes. C'était la course au perfectionnement des différents arts de la scène: ballet classique, théâtre, improvisation, danse moderne, ballet jazz, cours de piano, de chant, de flûte, de violon, name it!

Tout cela sans compter les heures de pratique dans les différents domaines, la recherche approfondie du répertoire à interpréter, les entraînements sportifs pour garder mon corps - mon instrument - dans un état optimal, et tout l'équipement nécessaire à la pratique de ces différentes formes d'expression artistique.

Ma frustration n'est certainement pas provoquée par la performance des athlètes, mais plutôt par la structure sociale qui permet à plusieurs d'entre eux de s'épanouir, de se sentir valorisés dans leur domaine et de savoir qu'il y a tout un pays derrière eux pour les soutenir. Après avoir écouté de nombreux témoignages où les athlètes confient avoir travaillé régulièrement avec des psychologues pour améliorer leurs performances, ou encore avoir eu droit à une aide financière qui leur enlève une inquiétude très lourde à porter, après les avoir vus aux côtés de leurs entraîneurs qui les guident et les rassurent jusqu'à la dernière seconde, j'avoue que je suis envieuse. Et frustrée de constater l'ampleur de l'écart entre la place qu'occupe le sport et celle qu'occupent les arts dans notre société.

Dévotion et stress

Quand on parle d'un athlète, on s'empresse d'étaler le nombre d'heures de dévotion à la pratique de leur sport, l'âge auquel le jeune a commencé à s'entraîner, les nombreux sacrifices qui ont dû être faits et la passion qui les a poussés à choisir un mode de vie difficile et chargé de compromis. Moi, quand je dis que je suis chanteuse d'opéra, on me répond: «Quelle chance vous avez d'être née avec autant de talent!» Je peux vous assurer que je ne suis pas sortie du ventre de ma mère en chantant Que fais-tu blanche tourterelle! Mon contre-ut, j'ai sué pendant huit ans avant de pouvoir l'exécuter sans craquer.

Le côté financier de la chose est également une grande source de stress: les robes de concerts, les leçons hebdomadaires, les coachings (heures de répétitions avec pianiste pendant lesquelles on travaille la diction et l'interprétation du texte), les frais d'inscription aux compétitions, les enregistrements de démos, les photographies de casting, les auditions (eh oui, il faut payer!), les déplacements, etc. ne sont que quelques dépenses à considérer quand on est passionné par le chant.

Le quotidien d'un chanteur et celui d'un athlète m'apparaissent plutôt semblables. Alors, qu'est-ce qui fait qu'il y a un si grand écart entre la quantité et la qualité du soutien (psychologique, social, financier, etc.) accordé aux athlètes, et celui accordé aux artistes? Selon moi, chanter de l'opéra, c'est un sport olympique, et je crois qu'un artiste mérite tout autant de considération qu'un athlète.




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