Soif de pouvoir ostentatoire

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Malgré le caractère laïque des institutions publiques du Québec, les références au catholicisme sont omniprésentes, comme en témoigne le crucifix accroché à l'Assemblée nationale.

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Benoit Léger

L'auteur est camionneur et habite la rive-sud de Montréal.

Pourquoi sommes-nous toujours pris à choisir entre l'incapable du mieux ou le capable du pire?

Le Gouvernement québécois propose d'adopter une charte qui viendrait encadrer la laïcité de l'État et les valeurs québécoises. Bien sûr, quiconque s'intéresse un tant soit peu à la joute politique, comprend qu'il s'agit là d'une manoeuvre strictement électorale visant à s'assurer les votes des éléments les plus sectaires de notre société, qui sont souvent de bons catholiques, horrifiés par la menace appréhendée de leurs homologues musulmans.

Et d'ailleurs, qu'en est-il de cette fameuse laïcité de l'État québécois? Un État dont le drapeau et le parlement arborent la croix. Un État qui subventionne les écoles confessionnelles et qui exempte d'impôts et de taxes foncières les institutions religieuses. Un État où hormis les fêtes nationales, la majorité des jours fériés correspondent à des fêtes chrétiennes. Sans parler de notre télévision publique qui continue de diffuser la messe du dimanche et d'accorder une couverture démesurée au plus petit État de la planète, le Vatican, ainsi qu'à ses ambassadeurs québécois, cardinaux, évêques et autres collets romains.

Ajoutons à tout cela que la majorité de nos villes et villages, tout comme la majorité des principales artères de Montréal, sont nommés en référence à la religion chrétienne ou simplement en l'honneur de saints qui n'ont rien de Québécois par ailleurs. Ainsi, pour l'observateur étranger, avec ou sans Charte, la société québécoise, dans tout ce qu'elle a d'ostentatoire, apparaît comme profondément chrétienne, au même titre que des pays comme la Pologne ou l'Argentine.

Bien sûr, dans les faits, nous vivons dans une société moderne et aux idées larges. Les églises sont vides et ferment les unes après les autres. Les valeurs mises de l'avant par notre législation sont parmi les plus progressistes du monde. Merci pour cela à nos dirigeants passés, dont l'ambition était généralement encadrée par des principes de justice sociale.

Mais dans un pays où plus de la moitié des citoyens sont analphabètes fonctionnels et vivant dans la pauvreté matérielle autant que culturelle, on devrait se méfier aujourd'hui, selon moi, d'un chef de gouvernement qui utilise les préjugés des familles Pineault-Caron de ce monde, quitte à ostraciser certaines minorités religieuses, au nom d'un programme politique, quel qu'il soit.

Je ne crois pas que le danger pour notre société réside dans le port ostentatoire de signes religieux par les minorités, mais dans l'instrumentalisation camouflée de l'ignorance majoritaire par des dirigeants dont le seul credo est que la fin justifie les moyens.

Le gouvernement précédent, pour s'attirer des votes, frappait sur les étudiants. Ça n'a heureusement pas fonctionné, mais celui qui l'a remplacé fait encore pire en frappant sur les femmes voilées. Autre cible, mais même tactique, sauf que cette fois, ça pourrait fonctionner.

Je conçois bien que plusieurs puissent avoir des motifs nobles d'être offensés à la vue d'une burqa ou indisposés par les contestations étudiantes dans les rues, mais la véritable menace ne viendrait-elle pas de nos votes accordés trop facilement à des gens sans scrupules? La politique autrement, ça commence par voter autrement.




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