Le droit de vote pour tous

Interdire le droit de vote à certains serait... (Photo François Roy, archives La Presse)

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Interdire le droit de vote à certains serait un retour en arrière, juge l'auteur.

Photo François Roy, archives La Presse

Pierre-André Savard

L'auteur est étudiant à la maîtrise en développement régional à l'Université du Québec à Rimouski.

Dans un texte d'opinion publié le 15 février, Marianne Charpentier faisait un constat qui était juste: le désintérêt d'une partie de la population pour la politique est inquiétant et mine la santé démocratique de notre pays.

Toutefois, pour résoudre ce problème, Mme Charpentier proposait de restreindre le droit de vote en fonction des connaissances et de l'intelligence des citoyens. Cette proposition est discriminatoire et signifie un net retour en arrière pour notre démocratie et notre société.

Au Québec, l'universalité du droit de vote fut acquise en 1940 avec l'obtention de ce droit pour toutes les femmes de la province. Avant cette date, le droit de vote était un privilège sexiste réservé aux hommes. Ce privilège pouvait aussi être raciste, comme aux États-Unis, où les Noirs ne pouvaient voter avant l'abolition de l'esclavage, en 1865. Ainsi, Mme Charpentier propose un retour en arrière en réinstaurant le droit de vote comme privilège. Cette fois-ci, la discrimination se ferait selon des critères d'intelligence et d'instruction.

Discrimination envers les marginaux

Ce sont les personnes marginales de la société qui seront les premières discriminées par la restriction du droit de vote. Les personnes gravement malades, les déficients intellectuels et ceux n'ayant pas eu la chance d'avoir une éducation de qualité seront ainsi exclus de la vie politique. Il est fort probable que ces personnes ne réussissent pas un examen de politique québécoise et canadienne.

Pourtant, leur contribution à la démocratie n'est pas inutile, comme le suppose Mme Charpentier. Leur vote leur donne un pouvoir auquel les politiciens doivent répondre en adaptant leurs politiques publiques à ces clientèles. En restreignant le droit de vote, les gouvernements n'auraient plus à travailler pour ces personnes déjà en marge de la société. Elles se trouveraient donc doublement marginalisées.

Mme Charpentier suppose aussi que l'instauration d'un examen permettrait à la société de faire de meilleurs choix de gouvernements. L'Allemagne de 1933 a prouvé que les sociétés démocratiques ne sont pas à l'abri de l'extrémisme et de la déroute. Un des pays les plus instruits de l'époque a sombré dans la tyrannie et une partie de l'élite intellectuelle collabora avec ferveur à la destruction de la démocratie allemande. Par conséquent, même le meilleur examen de sélection ne peut prévenir la société de mauvais choix.

Pour inverser la vapeur quant au désintérêt de la population pour la politique, il ne suffit pas de punir l'individu fautif. Ce serait un combat perdu d'avance qui alimenterait une haine d'une partie de la population envers la démocratie. Seule une solution collective et sociétale peut changer cette indifférence. Il faudrait peut-être recommencer à apprécier l'État et nos valeurs démocratiques, qui sont malmenés depuis quelques années. Enfin, avant de restreindre le droit de vote, il faut offrir à tous la chance d'avoir une instruction adéquate pour fonctionner dans la société. Sur ce dernier point, il y a encore beaucoup à faire.




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