Un système de santé voleur d'espoirs

L'auteure déplore que les hôpitaux n'aient jamais accordé... (Photo fournie par l'auteure)

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L'auteure déplore que les hôpitaux n'aient jamais accordé une chance à son beau-frère, Martin, de réussir à surmonter ses problèmes psychologiques.

Photo fournie par l'auteure

Carolyne Belso

L'auteure est étudiante à l'Université Concordia et mère de deux enfants.

Martin était un bon gars que les gens aimaient bien, mais avait le mal de vivre.

À 35 ans, n'en pouvant plus des idées suicidaires qui le hantait, il a été admis volontairement à l'urgence au pavillon psychiatrique de l'Hôpital Sacré-Coeur. Il a reçu son congé le lendemain, s'étant fait dire qu'il n'était pas assez malade et qu'on ne pouvait pas le prendre au sérieux puisqu'il n'avait pas fait de tentative de suicide. Son cheminement dans le système de santé a commencé avec une porte fermée.

Nous avons hébergé mon beau-frère trois fois et offert notre soutien, mais nous étions dépourvus de moyens pour l'aider. Dix ans de toxicomanie et de vains essais de se rependre en main plus tard, Martin a fait une tentative de suicide. Malgré un diagnostic de maladie mentale, il a reçu son congé de l'Hôpital Général de Montréal en 24 heures sans suivi psychiatrique, puisque Martin disait être content d'avoir survécu.

La situation a toutefois dégénéré et Martin s'est retrouvé sans-abri. Il nous contactait par courriel et nous faisait part de son désir de quitter ce monde. Nous essayions de l'inciter à faire ses propres démarches, mais il n'avait plus d'espoir que quiconque puisse l'aider.

Le 31 janvier 2014, la police a amené Martin à l'hôpital Charles-Lemoyne à la suite d'un signalement. J'ai aussitôt contacté la salle d'urgence pour expliquer que mon beau-frère était suicidaire depuis longtemps, qu'il avait fait une tentative de suicide en septembre 2013, qu'il avait des problèmes mentaux et que c'était vraiment important qu'il reçoive de l'aide. On m'a dit qu'un intervenant me rappellerait, donc j'ai laissé mon numéro. Trois heures plus tard, j'ai rappelé pour des nouvelles et Martin avait déjà reçu son congé. Personne ne m'avait contacté.

Nous étions abasourdis et ayons perdu espoir - quoi faire de plus? Nous avons tardé à faire un dernier effort. Finalement, le matin du 3 février, nous nous sommes acharnés à faire un deuxième signalement, cette fois avec une déclaration écrite selon les directives de la police et l'aide d'un autre témoin des pensées suicidaires de Martin. Les policiers l'ont retrouvé quelques heures trop tard. Martin s'était pendu pendant même qu'on faisait les démarches pour aller le chercher. Ironiquement, il s'est suicidé pendant la semaine nationale de prévention du suicide.

Martin a passé une décennie à alterner entre des besoins modérés et des besoins criants, et je déplore qu'il n'ait jamais reçu les soins adéquats. Soit il ne rencontrait pas les critères spécifiques pour être admissible aux services psychiatriques dans des délais qui concordaient avec ses périodes propices à se prendre en main, soit il devait débourser les frais lui-même.

Le système de santé est mal conçu pour les personnes atteintes de maladies mentales. Lorsqu'ils sont en mesure de demander de l'aide, les patients sont mal dirigés ou les services ne sont pas assez accessibles. Quand une personne est en état de crise, elle n'est plus en mesure de s'aider.

C'est exactement pour cette raison que la famille est une ressource précieuse pour les médecins traitants en urgence, puisqu'elle peut donner les informations manquantes qui peuvent aider les intervenants à mieux comprendre les besoins de ces patients qui méritent, eux aussi, d'être soignés.

C'est aberrant qu'un patient puisse être renvoyé simplement parce qu'il ne se comporte pas en malade ou qu'on refuse de s'interroger lorsqu'un patient nie avoir besoin de soins. Ces types de patients nécessitent plus d'investigation: plusieurs, comme Martin, ont catégoriquement besoin d'être pris en charge pour recevoir le suivi nécessaire. Au contraire, ces personnes instables rencontrent trop souvent des portes fermées ou de l'indifférence.




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