Soyez honnête, M. Turcotte

En soutien à Isabelle Gaston, la mère des... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT,  archives LA PRESSE)

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En soutien à Isabelle Gaston, la mère des victimes de Guy Turcotte, des citoyens avaient été déposer des toutous devant l'Institut Philippe-Pinel, où M. Turcotte avait été hébergé après avoir été reconnu non criminellement coupable du meurtre de ses enfants, en 2012.

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Josée-Anne Trudel

L'auteure est étudiante en sciences de la santé. Elle adresse sa lettre à Guy Turcotte.

Monsieur Turcotte,

C'est clair pour tout le monde que vous avez un trouble mental. Il se pourrait fort bien, même, que vous en ayez plusieurs. Et puis, tout le monde a, à différents degrés, des troubles mentaux, comme on a des troubles gastriques ou des troubles de mémoire, ou de vision...

Vous êtes médecin, vous avez sauvé des vies. Il nous est permis de croire que vous saviez que du lave-glace, ce n'est pas bon à boire. Donc, que vous soyez atteint de troubles mentaux ou non, nous nous entendons tous sur le fait que vous vous êtes effectivement intoxiqué volontairement, et ce, pour mettre fin à vos jours.

Ainsi, si le fait d'en avoir bu même «involontairement pour cause de troubles mentaux» vous a amené à poignarder deux enfants, vous devez comprendre par le fait même que vos troubles ne sont pas une bonne raison pour vous laisser en liberté. Bien au contraire.

Votre dette envers la société représente, entre autres, le temps et l'argent que vous lui avez fait perdre en n'assumant pas votre faute. Plutôt que d'augmenter cette dette à la Cour suprême, vous pourriez commencer à songer aux moyens de la rembourser. Cela pourrait s'avérer être un premier paiement, un dépôt par exemple.

Votre dette morale envers nous aussi est importante. Vous nous avez fait très mal, M. Turcotte, vous avez bousculé nos vies en nous faisant voir le côté le plus horrifiant de l'être humain, vous nous avez pris quelque chose avec votre folie et vous avez marqué notre cerveau à jamais avec ces images mentales de petits enfants criant et pleurant de douleur pendant que leur papa transperce leur petit corps encore et encore avec un couteau de cuisine.

Et que dire d'Isabelle? Ne savez-vous pas que sa douleur est si intense qu'elle nous touche et nous fait tous souffrir?

Et votre dette envers la vie? Celle-là que vous avez volée à grands coups de couteau à Anne-Sophie et Olivier, vous pensez la rembourser comment? La solution qui me vient à l'esprit semble ne pas vous réussir, alors je ne vois d'autre solution que le pardon.

Alors si vous le voulez bien, M. Turcotte, permettez-moi de vous suggérer d'être honnête envers la société et envers vous-même en faisant face à vos fautes une fois pour toutes. Demandez pardon. Soyez un brin lucide et comprenez le fait que personne ne veut plus de vous dans la société. Personne ne veut vous croiser à l'épicerie ou dans un parc, personne n'a d'ailleurs à vivre cette expérience.

En ce moment, vous êtes un rejet de la société, un exclu qui a commis le pire des crimes. Restez donc à votre place le temps de payer vos dettes. Que vous passiez votre temps à Pinel ou dans une prison fédérale, on s'en fout, vous devriez savoir que la société n'est pas un endroit pour vous présentement. Vous avez du temps à faire, donc une partie de votre vie à donner. Soyez donc raisonnable et assumez votre responsabilité.

Je vous suggère donc, M. Turcotte, d'y aller le plus simplement possible. De donner de votre temps et de vos connaissances à ceux qui en ont besoin. Soyez vigilant et gardez près de vous la liste des liquides dangereux pour le cerveau et, surtout, demandez pardon à la vie, la grande créancière de vos fautes. Repentez-vous, car elle avait deux petits trésors fragiles et vous les lui avez volés.

Et pour notre part à nous tous, je ne crois pas que nous soyons arrivés au pardon. Vous aurez vous-même à nous pardonner de ne pas en avoir la force, et vous devrez être patient. Sait-on jamais, peut-être saurez-vous si bien faire, qu'un jour l'un d'entre nous aura le courage de vous saluer...

«Selon les arguments présentés dans son mémoire qui accompagne sa demande d'autorisation d'appel, la Cour d'appel aurait erronément conclu que son intoxication au lave-glace - qui contient du méthanol, une substance toxique - était volontaire. Une autre conclusion possible était que Guy Turcotte avait bu le lave-glace «en raison' d'un trouble mental.»

— La Presse Canadienne, 13 janvier 2014



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