Le vêtement qui voile nos esprits

Je me souviens que jadis, mon nom était Major dit Beautronc et qu'au fil des... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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Suzanne Major

L'auteure est doctorante, chargée de cours et responsable du certificat Petite enfance et famille: éducation et intervention précoce, de l'UdeM.

Je me souviens que jadis, mon nom était Major dit Beautronc et qu'au fil des générations qui passaient, un jour, il est devenu simplement Major pour être de son temps.

Je me souviens aussi que mes ancêtres étaient des Fournier, des Adams, des O'Tool et des Mallette et que certains étaient catholiques, tandis que d'autres étaient protestants. Plusieurs étaient francophones et quelques-uns étaient anglophones. Il y avait même probablement un ou deux de ces ancêtres issus de l'une de nos premières nations.

Les rigueurs de l'hiver et l'appel à la vie et à l'amour au dégel ont fait fi des marqueurs institutionnels, culturels, langagiers et ethniques, permettant aux êtres de profiter de l'été qui est si court dans ma région nommée le Québec.

Si je suis gardienne de la Révolution tranquille à cause de mon âge, je suis aussi gardienne de la révolution qui se prépare, portée à bout de bras par les spécialistes de l'écologie. Le peuple voit la terre qui change, les eaux qui inondent, les vents qui détruisent et l'air qui empoisonne les enfants. Il relève ses manches en ce moment et braque lentement son regard sur l'ouvrage à abattre.

Donc, le tapage autour des signes ostentatoires sur le perron des médias en ce moment n'est pas impressionnant. Tout le monde sait que l'habit ne fait pas le moine, voile ou pas. De tout temps, peu ont eu le courage de confronter le loup en face, préférant agresser la biche qui est dans sa mire, pour étaler leur force.

L'ennemi, c'est l'homme terroriste et non la femme qui couvre sa tête. Il est au loin et ceux et celles qui sont venus ici tentent de le fuir pour protéger leurs enfants.

L'éducation en garderie

Le tapage autour des signes ostentatoires en services de garde est étonnant. Interdire le port du voile pour nos éducatrices est illogique et vient à l'encontre du principe intrinsèque de la représentativité de nos programmes éducatifs et d'intégration. Comment peut-on éduquer à la diversité si on ne peut la montrer?

On n'enseigne pas aux petits de 0 à 5 ans. On éduque, et l'éducation est dans le regard de l'autre, car la parole, la pensée et la raison sont encore en développement. Le regard de l'autre est un miroir où les petits se construisent et consolident leur estime et la valeur de soi. Ils apprennent très jeunes si eux et les leurs sont respectés ou dénigrés, ouvertement ou non. Le message est clair si les leurs ne sont pas représentés et si leurs référents sont effacés.

Les éducatrices et les éducateurs montrent aux enfants que grands et petits peuvent être égaux aux autres et avoir autant de valeur que les autres. Ce sont des professionnels guidés par un code d'éthique, une déontologie et un programme éducatif.

Le voile est un référent vestimentaire symbolisé par certains tout-petits à la mère ou à la femme pour les autres. Le symbolisme religieux est inconcevable en petite enfance. Interdire ces signes, c'est porter atteinte à l'estime de soi, à la valeur de soi et de l'autre, et en bout du compte à toute l'oeuvre de l'intégration. Nos voisins cognent à notre porte. Ne laissons pas un vêtement voiler nos esprits. Ouvrons et posons sur eux notre traditionnel regard chaleureux et accueillant.




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