L'impératif de la laïcité

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Les symboles religieux ostentatoires, tout comme les symboles politiques, sont porteurs de sens. Ils ne sont pas anodins.

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André Lamoureux

L'auteur est politologue et chargé de cours au département de science politique de l'UQAM.

Avec le projet de charte des valeurs québécoises, il faut saluer l'effort de principe du gouvernement du Parti québécois de vouloir introduire, pour une première fois dans l'histoire du Québec, l'impératif de la laïcité dans les fondements de l'État. Cela ne s'est jamais vu. Le projet de charte proposé s'inscrit dans une perspective d'inspiration démocratique et républicaine, soucieuse de la liberté de religion, mais aussi de la liberté de conscience des citoyens.

Dans une société démocratique, il importe de souligner que la liberté de conscience n'est pas moins importante que la liberté de religion; elle renvoie entre autres au droit de tout individu de pratiquer ou de ne pas pratiquer une religion, d'être agnostique ou athée, et de ne pas se faire imposer un modèle religieux dans les institutions de l'État.

Or, les symboles religieux ostentatoires, tout comme les symboles politiques, sont porteurs de sens. Ils ne sont pas anodins. Le fait qu'un employé des secteurs public ou parapublic brandisse «ses couleurs» religieuses, par prosélytisme ou fondamentalisme, remet en cause le mandat neutre que devrait afficher l'État. Comme l'explique le Conseil du statut de la femme, «la laïcité interdit l'intégrisme religieux, selon lequel les normes d'une religion seraient ou apparaîtraient étatiques».

Au plan historique, la religion s'est révélée la toute première forme de l'idéologie. Par son influence et sa force de conviction, la religion amène les individus à l'intérioriser et à la concevoir comme un simple «choix personnel».

Ainsi, qu'on veuille le reconnaître ou non, le port du turban reflète l'intégrisme d'une frange radicale de la religion sikhe et, s'il est arboré par un agent de l'État, il peut indisposer certains citoyens. Pour sa part, le foulard islamique n'est pas qu'un simple bout de tissu. Il est l'expression de la ségrégation sexuelle des femmes, d'une infériorisation et d'une soumission.

Le projet présenté par Bernard Drainville officialise ainsi deux postulats fondamentaux d'une réelle laïcité: la séparation de l'Église et de l'État doublée de son corollaire indispensable: le respect de la liberté de religion pour les individus. C'est ce que formulait si bien Victor Hugo avec sa formule «L'État chez lui, l'Église chez elle».

La séparation de l'Église et de l'État est donc un principe essentiellement démocratique, indépendamment de la question de l'intégration des immigrants, qui demeure une problématique distincte. Cette séparation entre le religieux et le politique peut cependant mieux intégrer les immigrants dans le cadre d'un espace civique commun. Elle n'est nullement ségrégationniste ou raciste. Il est faux d'associer l'interdiction du port de symboles religieux au sein des institutions de l'État à l'érection de barrières à l'intégration des immigrants.

Le projet gouvernemental bat néanmoins de l'aile sur quelques aspects particuliers où il est mal ficelé et contradictoire.

À propos du crucifix à l'Assemblée nationale, son maintien est justifié au nom du «patrimoine culturel» des Québécois. Pourtant, c'est Maurice Duplessis qui a décidé de placer ce crucifix dans l'enceinte du Parlement pour sceller son alliance avec l'Église. Est-ce là l'expression du «patrimoine culturel» des Québécois?

La contradiction du projet gouvernemental est aussi criante en ce qui concerne la récitation de la prière aux séances d'un conseil municipal. Elle n'a pas sa place dans cette enceinte politique, car elle peut manifestement brimer la liberté de conscience de certains participants à ces assemblées.

L'exemption de l'obligation de réserve pour les élus de l'Assemblée nationale n'est pas non plus justifiée, tout comme le traitement séparé des écoles privées subventionnées. Ces écoles devraient tout autant être régies par les mêmes règles que les écoles publiques puisqu'elles sont largement financées par l'État.

Enfin, le droit de retrait attribué aux municipalités, à certaines entités du réseau de la santé, aux cégeps ou aux universités, est une autre avenue discutable. On peut parier qu'elle aurait un effet boule de neige. Elle pourrait même miner les principes essentiels d'une telle charte qui ne devrait avoir qu'une appellation: la Charte de la laïcité.

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