Le livre n'est pas un boulon

Bryan Perro... (Photo Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Bryan Perro

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Bryan Perro

L'auteur est écrivain et éditeur.

Lorsque j'habitais à Grand-Mère, en Mauricie, il y avait en face de chez moi une quincaillerie. Chez S. Matte, on trouvait des boulons, de la tuyauterie, quelques éléments de camping, etc. Dans un bâtiment datant du début du siècle, S. Matte opérait depuis des décennies. Puis, un jour, le Canadian Tire s'est monstrueusement agrandi et Rona n'a pas tardé à tripler sa superficie. Devant la concurrence, S. Matte a fermé ses portes.

À l'époque, tout comme aujourd'hui, il n'y avait pas de prix unique sur le boulon et la concurrence a eu raison du petit commerçant. En affaires, il faut s'adapter aux changements ou mourir. Le monde est ainsi fait.

Je conçois que le commerce mondial du boulon soit difficile à régir puisqu'il s'agit d'un produit d'offre et de demande. Un boulon chinois, russe, grec ce ne demeure qu'un bout de métal après tout. Rien d'artistique, rien de culturel, rien qui mette en lumière la complexité sociale et émotive des êtres humains, rien qui nous parle de l'histoire des peuples, rien pour réfléchir sur la condition humaine, pour s'ouvrir ou simplement pour se divertir. Un boulon est un boulon, ce n'est pas... un livre.

Le livre est aussi un produit commercial, j'en conviens. Mais comme il existe des êtres d'exception dans la vie, il existe aussi des produits d'exception. Ce qui rend le livre différent du boulon est sa portée culturelle. Et sans culture, il n'y a pas de peuple ni même de nation.

Qui suis-je pour défendre le prix unique du livre alors qu'Amos Daragon a fait les choux gras de tous les Walmart de ce monde? Eh bien, je suis un auteur conscient que lorsque la mode est passée, que le boum des ventes s'estompe, je peux toujours compter sur les libraires pour maintenir mes livres en magasin et continuer d'en faire la promotion auprès des lecteurs.

Le livre est la raison d'être d'une librairie, le boulon est la raison d'être des grandes chaînes. Pour un, il est essentiel, pour l'autre, il est accessoire.

Et les lecteurs là-dedans? Paieront-ils plus cher leur livre si le Québec adopte un prix unique? Non, car ce sont les éditeurs qui, dans un souci d'offrir de bons prix, deviendront plus compétitifs dans leur offre. Et pour ce faire, ils iront imprimer en Chine... Le prix unique nuira à l'industrie de l'imprimerie au Québec, à moins que le gouvernement hausse ses crédits d'impôt aux éditeurs qui continuent à imprimer chez nous. À ce moment, il ne servira plus à rien de faire des affaires ailleurs qu'ici et les descendants de Gutenberg seront heureux.

À la question, le prix unique du livre est-il nécessaire au Québec? Je réponds oui. Parce qu'il s'agit d'une question de culture et pas une question de boulons.

Que S. Matte repose en paix.

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