Un mal nécessaire

Le village gai de Montréal... (photo François Roy, La Presse)

Agrandir

Le village gai de Montréal

photo François Roy, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Doyon

L'auteur est enseignant en philosophie au cégep de Saint-Jérôme.

Le Village gai de Montréal est à la base un produit de l'homophobie. Il existe encore parce que la société est encore suffisamment homophobe pour que des homosexuels sentent le besoin de fréquenter des endroits où ils se sentent clairement les bienvenus tels qu'ils sont.

Le Village gai de Montréal est d'ailleurs plus un lieu de consommation qu'un lieu de résidence. Les établissements offrant des services destinés spécifiquement à une clientèle homosexuelle y font de bonnes affaires. La demande de ces services est principalement engendrée par la perception qu'ont les gais d'une discrimination homophobe de la part des entreprises traditionnelles. Malheureusement, des gens d'affaires marchandent cette homophobie et tirent profit de cette oppression.

La communauté homosexuelle a beaucoup d'argent à dépenser. Ceux qui font des affaires dans le Village tentent évidemment de profiter au maximum de cet argent rose. Les propriétaires des bars sont souvent des hétérosexuels nullement impliqués dans la lutte contre l'homophobie, ils ne sont là que pour profiter de l'argent rose. Les propriétaires de commerce demandent d'ailleurs à la Ville de chasser les itinérants, qui pourraient nuire à leur négoce.

La sexualité est le principal moyen utilisé pour s'enrichir avec l'argent rose. En effet, les activités commerciales du Village sont axées en grande partie sur le style de vie des adeptes de la vie nocturne ainsi que sur les relations sexuelles. Sur la carte de la Société de développement commercial du Village, on dénombre pas moins de quinze bars ou clubs, quatre bars d'effeuilleurs, trois saunas, quatre boutiques érotiques et deux after-hours sur Sainte-Catherine Est, seulement entre les rues Saint-André et Cartier.

Le Village gai est nécessaire, car il y a encore beaucoup d'homophobie dans notre société. Ceux qui luttent honnêtement contre l'homophobie ne peuvent que souhaiter la disparition des quartiers gais. Personne ne voudra l'admettre, mais les propriétaires d'établissements spécifiquement destinés à une clientèle homosexuelle, eux qui se disent ouverts à la diversité sexuelle, ont besoin que se maintienne cette discrimination afin de conserver leur clientèle. En tant que centre d'exploitation de l'argent rose, les établissements du Village ont intérêt à ce que perdure le besoin pour les homosexuels de s'y réfugier afin de continuer à exploiter tout l'argent qui se concentre dans le quartier.

Cela explique peut-être en partie pourquoi le Village n'est pas vraiment un lieu revendication. Les hommes d'affaires qui y sont installés veulent de la consommation, pas des manifestations. Malgré tous les honnêtes efforts déployés par certains organismes, ce n'est pas un quartier de culture et d'art. Le type d'établissement qu'on y retrouve, majoritairement axé sur la recherche égoïste du plaisir, les relations jetables et la marchandisation du corps et de la sexualité inspirent un individualisme égoïste bien plus que la volonté de s'unir pour lutter contre la discrimination. Et peut-être même qu'encourager les établissements du Village, c'est, sans même le savoir, décourager la lutte contre l'homophobie.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box
la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer