Pire que Detroit

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La fermeture des usines de General Motors a porté un coup fatal à Flint, une ville encore plus dépendante de l'industrie automobile que Detroit.

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Alexandre Campeau-Vallée

Photographe, l'auteur travaille en revitalisation urbaine intégrée.

«Tu ne veux pas aller là», m'a répondu un habitant de Flint rencontré à Detroit alors que je lui demandais ce qu'il y avait à visiter dans sa ville. Certes, je savais bien que Flint avait mauvaise mine et que c'était une ville peu fréquentable, mais je ne pouvais pas saisir l'ampleur du désastre qui frappait cet endroit.

Depuis la récente faillite de Detroit, plusieurs questions sur l'avenir cette ville sont débattues publiquement: que va-t-il arriver à son administration, comment offrir les services de base aux citoyens, comment revitaliser la ville? Alors que les projecteurs sont braqués sur la plus grande ville du Michigan, son éternelle petite soeur, celle qui a vu naître Général Motors, souffre en silence. C'est le côté sombre d'une Amérique qui se désindustrialise.

Si Détroit traverse la pire crise de son histoire, Flint ne se porte guère mieux. Chef-lieu du compté de Genesse au Michigan, situé à une heure et demie de voiture de sa grande soeur, Flint était, dans les années 1940, une petite bourgade dynamique mue par l'industrie automobile. Tout comme Détroit, la désindustrialisation l'a minée, elle a aussi perdu la moitié de ses habitants en quelques décennies. Mais Flint était encore plus dépendante de l'automobile. Le choc fut donc plus brutal.

Déjà, en 1989, Michael Moore dénonçait dans son documentaire Roger&Me le déclin de sa ville natale, accéléré par la fermeture des usines de General Motors.

Quinze ans plus tard, c'était le début du démantèlement de Buick City. Ce site d'une superficie de presque 1 million de mètres carrés accueillait un gigantesque complexe industriel de production des lignes Buick et Pontiac de GM. C'est désormais une des plus grandes friches postindustrielles des États-Unis.

Selon les statistiques du FBI de 2013, Flint est la ville la plus violente des États-Unis, tout juste devant Detroit. À titre comparatif, Flint rapportait l'année dernière 66 meurtres, soit un ratio de 64,9 meurtres pour 100 000 habitants, alors que la moyenne canadienne est de 1,5 par 100 000 habitants. Trois-Rivières, une ville industrielle légèrement plus peuplée que Flint (133 000 habitants dans le premier cas contre un peu plus de 100 000 dans le second), n'a enregistré aucun homicide l'année dernière.

Vidée de son industrie et de ses habitants, Flint fait face à un taux chômage catastrophique, un territoire trop vaste pour ses revenus et une population parmi les plus pauvres aux États-Unis. La ville fait pourtant des efforts. Plusieurs bâtiments abandonnés sont détruits, alors que certains joyaux patrimoniaux du centre sont rénovés. La ville tente d'appliquer un plan d'urgence comme c'est le cas à Detroit, mais c'est plus de la moitié de son budget qui est englouti par la sécurité publique.

La plus grosse faillite municipale de l'histoire des États-Unis, celle de Detroit, est préoccupante. Mais ce qui est encore plus préoccupant, c'est le déclin de dizaines de villes postindustrielles comme Flint.

Parce que Flint subit le même sort que St-Louis, Pittsburgh, Buffalo, Cleveland et Cincinnati en Ohio, autant de villes industrielles qui ont perdu plus de la moitié de leurs habitants et dont la plupart sont listés parmi les plus violentes aux États-Unis. Ces villes se retrouvent géographiquement dans la Rust Belt (ceinture de rouille), un concept qui définit les villes postindustrielles de la région nord-est des États-Unis.

Auparavant, ces villes faisaient partie du coeur industriel américain, dont Detroit était un des flambeaux. La chute de Detroit est historique, c'est pourtant depuis plusieurs décennies que la rouille attaque les villes qui ont fait rouler les États-Unis et qui, plus que jamais, cherchent un sens à leur destin.

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