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La seule façon de réduire la dépendance des Québécois au pétrole est d'en augmenter le prix.

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Pierre-Olivier Pineau

L'auteur est professeur à HEC Montréal.

Entre les discussions sur les approbations éventuelles de nouveaux pipelines partant de l'Alberta pour aller vers l'ouest, le sud et l'est, et les projets d'exploration pétrolière au Québec, nous perdons très rapidement un élément central de la perspective: notre lien de dépendance au pétrole. Notre hydroélectricité ne nous rend pas moins dépendants au pétrole que d'autres provinces... au contraire même! 40% de notre consommation énergétique repose sur le pétrole, contre 38% en Ontario et seulement 32% en Alberta (l'hydroélectricité, par contre, nous amène à consommer beaucoup moins de gaz naturel).

Dans les consultations à venir sur la stratégie énergétique québécoise, il serait possible de sombrer dans des querelles acrimonieuses sur la question des pipelines (ligne 9 de Enbridge, Énergie est de TransCanada), celle de la production éventuelle de pétrole en sol québécois (Gaspésie, Anticosti) et même de retomber dans des affrontements sur les gaz de schistes. En fait, nous pourrions devenir obnubilés par les aspects de production et complètement perdre de vue le fait que nous entretenons une relation passionnelle avec le pétrole, qui nous donne accès aux voitures et aux grandes maisons en banlieue. Même si les opposants gagnaient sur ces questions pétrolières, notre consommation ne changerait pas, et nous ne ferions que promouvoir le transport du pétrole par bateau et la production hors du Québec. Cela serait-il meilleur pour le Québec et pour le monde? Rien ne le laisse croire.

La seconde dérive qui se profile dans notre réflexion énergétique est celle des énergies renouvelables. Elles comptent déjà pour environ 50% de notre bilan énergétique: essentiellement l'hydroélectricité et le bois. En produire davantage serait problématique, parce que cela nous coûterait cher, mais surtout ne viendrait pas se substituer au pétrole. Même l'électrification du transport nous ferait avancer trop lentement, parce que notre système est encore trop ancré dans des infrastructures et équipements liés au pétrole.

L'enjeu central est celui de la consommation, de notre «efficacité énergétique». Comment faire plus, avec moins d'énergie. Comment être plus productif, autrement dit. C'est une idée qui fait l'unanimité, des groupes environnementaux aux compagnies d'énergie en passant par les gouvernements. Là où le bât blesse, c'est dans la manière d'y arriver. Pour devenir plus efficace, il faut changer nos habitudes en transport et en logement, surtout. Oubliez les ampoules fluocompactes et les sécheuses «Energy Star»... Réduire notre consommation d'énergie demande de complètement revoir les prix, la réglementation et les informations données sur les produits énergétiques.

Le discours sur le changement nécessaire des habitudes et des prix, autant les gouvernements, les groupes environnementaux que les compagnies l'esquivent. Ils ne veulent pas être porteurs d'une «mauvaise nouvelle», froissant électeurs, donateurs et acheteurs. Pourtant, on ne peut y échapper. Les quelques pays qui ont réussi à réduire leur consommation énergétique (et de pétrole, comme le Danemark: -23% en 12 ans) ont des prix de l'énergie autrement plus élevés qu'au Québec - essence comme électricité.

Notre mariage avec le pétrole ne se dissoudra pas par des voeux pieux, ni par des interdictions. Au lieu d'aller vers les affrontements en ciblant des projets spécifiques, les réflexions sur l'avenir énergétique du Québec devraient porter sur la meilleure manière d'assurer une plus grande productivité énergétique au Québec: réduire globalement l'impact financier et écologique de notre consommation, tout en faisant grandir notre confort et notre mobilité. 

Paradoxalement, une consommation plus faible de pétrole au Québec pourrait coexister avec les pipelines et une production québécoise. Mais pour arriver là, il faudra accepter de bousculer les consommateurs dans leurs habitudes.

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