Un portrait réducteur

Dans la foulée de l'affaire port du turban,... (photo Paul Chiasson, La presse canadienne)

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Dans la foulée de l'affaire port du turban, des médias ont soulevé la possibilité que l'attitude des Québécois francophones face à la diversité soit différente de celle des autres Québécois et Canadiens.

photo Paul Chiasson, La presse canadienne

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Claire Durand

L'auteure est professeure titulaire au Département de sociologie de l'Université de Montréal.

À la suite de la décision de la Fédération québécoise de soccer (FQS) d'interdire le port du turban, certains médias, se basant sur des sondages publiés récemment, ont soulevé la possibilité que l'attitude des Québécois francophones face à la diversité soit différente de celle des autres Québécois et Canadiens.

Le sondage Forum, fait le 18 juin, demande à l'ensemble des Canadiens si les immigrants devraient abandonner leurs valeurs culturelles quand elles sont en conflit avec les valeurs canadiennes. Sur cette question, les résidents du Québec (73% d'accord) se différencient peu de ceux du reste du Canada (60-64%): la majorité est favorable à la primauté des «valeurs canadiennes». La faible différence entre le Québec et le reste du Canada (ROC) peut s'expliquer par la composition différente des populations.

Le sondage CROP, réalisé du 12 au 17 juin, sonde l'opinion sur la décision prise par la FSQ d'interdire le port du turban. Il montre une différence importante entre les francophones (69% d'accord) et les non-francophones (34%) du Québec. Or, les Francophones sont nettement plus susceptibles de vivre dans un milieu homogène et non urbain où la question de l'intégration des sikhs ne se pose pas. Il ne s'agit donc pas d'un enjeu pour eux. À l'opposé, les «non-francophones», comprenant presque la moitié de membres de communautés culturelles, résident beaucoup plus souvent en milieu urbain. Historiquement, la communauté sikhe a dû se battre pour faire accepter divers accommodements par les anglophones, mais la question est maintenant considérée comme résolue dans ce milieu. 

Il aurait donc été pertinent de distinguer les résidents de l'île de Montréal de ceux du reste du Québec pour voir si l'urbanité était un facteur explicatif. Notons que, dans ce sondage, les opinions sur la commission Charbonneau ne se différencient pas selon la langue. Voilà une deuxième valeur partagée.

Enfin, un sondage Léger, fait les 5 et 6 février dernier, demande aux les répondants s'ils sont favorables à une Charte de la laïcité, si le Québec devrait être une province laïque et si l'égalité des sexes doit primer sur la liberté de religion. Sur cette dernière question, il n'y a pratiquement pas de différence entre les francophones et les non-francophones. Voilà une troisième valeur partagée.

Les différences apparaissent sur les questions relatives à la laïcité, avec une faible majorité favorable chez les francophones comparativement à 26% et 34% chez les non-francophones. Toutefois, la proportion de répondants qui ne se prononcent pas, entre 15% et 35%, est très importante, ce qui amène à conclure que, concrètement, les répondants ne savent pas vraiment ce qu'implique la laïcité. Si la question avait été: «Le gouvernement du Québec veut interdire à tout fonctionnaire de porter un signe religieux, y compris une croix visible dans le cou», par exemple, est-ce que la réponse des francophones aurait été la même?

Enfin, il faut souligner que le lien entre les réponses à des questions d'attitude et les comportements est ténu. Ce n'est pas parce que quelqu'un se dit en faveur de la décision de la FQS qu'il demandera à un jeune sikh de retourner jouer dans sa cour si le cas se présente.

En conclusion, il semble hasardeux de conclure à des différences de valeurs entre francophones et non-francophones. On compare des groupes vivant dans des milieux très différents et on pose des questions sujettes à de multiples interprétations. 

Au final, on en vient à tracer un portrait des Québécois francophones aussi réducteur et biaisé que celui que l'on trace des sikhs ou des musulmans à l'occasion. Les Québécois francophones ne sont sans doute pas plus homogènes que ces derniers.

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