La fuite en avant

Une échographie est pratiquée sur une patiente dans... (Photo Martin Tremblay, Archives La Presse)

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Une échographie est pratiquée sur une patiente dans une clinique privée de Montréal.

Photo Martin Tremblay, Archives La Presse

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Françoise Bertrand

L'auteure est PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Au cours des derniers mois, le ministre de la Santé a annoncé des décisions qui ont pour effet de ramener, dans le réseau public de santé, des services de diagnostic ou des chirurgies légères qui étaient offerts par le secteur privé.

Ces décisions surprennent dans un contexte où le réseau public de santé souffre d'un engorgement majeur, où les attentes pour accéder aux soins s'allongent de manière inquiétante et que des compressions budgétaires doivent être appliquées dans les établissements de santé et de services sociaux.

Le cas le plus récent est celui de l'échographie. Ce service de diagnostic est offert dans le secteur public, mais également et de manière plus importante, dans des cliniques privées. Les personnes qui ont recours aux cliniques privées paient pour ce service et se font rembourser, dans une forte proportion de cas, par leur compagnie d'assurances. Le recours au secteur privé permet donc au réseau public de réaliser des économies importantes parce qu'un grand nombre d'échographies sont effectuées ailleurs. De plus, les cliniques privées de radiologie traitent un grand nombre de patients qui ne se retrouvent pas sur les listes d'attentes des hôpitaux.

Or, le ministre de la Santé vient de décider que dorénavant, les services d'échographie seront entièrement financés par la Régie de l'assurance-maladie du Québec, à un tarif que le Ministère déterminera. Les compagnies d'assurances ne pourront plus offrir ce service à leurs clients. Cela a deux conséquences:

1. On vient d'ajouter une responsabilité additionnelle au gouvernement alors qu'il est confronté à une crise budgétaire aiguë;

2. Les établissements hospitaliers vont devoir faire un plus grand nombre d'échographies, ce qui revient à dire que les délais d'attente pour ce service vont s'allonger. En effet, les cliniques privées, n'étant plus incitées à offrir ce service d'échographie, vont mettre l'accent sur d'autres activités diagnostiques.

Voilà une décision qui aura pour effet concret de diminuer les services à la population et de coûter plus cher au gouvernement.

Et ce n'est qu'un exemple. Le gouvernement affiche très clairement sa volonté d'éliminer ou de réduire nettement la collaboration de longue date entre le secteur public et le secteur privé en matière de santé. Cette idéologie constitue une véritable fuite en avant qui va empirer le problème d'accès aux soins médicaux et aux services sociaux.

Il est largement admis que les Québécois sont très satisfaits des services de santé qu'ils reçoivent une fois admis à l'hôpital. C'est justement l'accès qui devient de plus en plus problématique. Le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec vient d'ailleurs de le confirmer en rendant publique une étude comparative entre le Québec, le Canada et plusieurs pays Commonwealth. En 2012, le Québec affiche l'une des pires performances relativement aux délais d'attente pour obtenir un rendez-vous avec un médecin spécialiste ou pour diverses chirurgies.

De plus, avec le vieillissement de la population, on soigne de moins en moins de monde avec les budgets disponibles. En 2010, le coût moyen des services de santé au Québec pour une personne de 45 à 64 ans était de près de 2600$, alors qu'il dépassait 13 000$ pour les personnes de 75 à 84 ans.

Plus que jamais, des alliances avec le secteur privé sont essentielles afin de réduire les pressions sur les finances publiques.

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