On peut faire une différence

Leah Parsons, à gauche, la mère de Rehtaeh... (Photo Andrew Vaughan, La Presse Canadienne)

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Leah Parsons, à gauche, la mère de Rehtaeh Parsons, et son conjoint Jason Barnes, ont participé à une manifestation près du quartier général de la police de Halifax, le 14 avril dernier.

Photo Andrew Vaughan, La Presse Canadienne

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Christian Bouchard

L'auteur réside à Montréal.

On entend des histoires sordides chaque jour, mais celle-là m'attriste tellement. Il s'agit de l'adolescente d'Halifax, Rehtaeh Parsons, qui s'est suicidée il y a quelques jours. La cause de son geste semble être l'intimidation qu'elle a subie sur internet à la suite d'un viol collectif dont elle aurait été victime il y a deux ans et au cours duquel des photos auraient été prises avant d'être ensuite diffusées.

Sans vouloir banaliser le viol, des violeurs, il va toujours en avoir, comme des meurtriers et des voleurs. Ce sont des gens mauvais en soi, des psychopathes ou antisociaux. Mais ce que je ne comprends pas de notre société d'aujourd'hui, c'est la quantité de gens qui sont complices de ces actes, soit en y participant, soit en ne faisant rien pour les empêcher.

On parle ici d'un viol collectif; la probabilité qu'ils soient tous psychopathes est faible. Ce qui est le plus probable, c'est qu'un l'était et que les autres étaient des «suiveux». Même chose pour l'intimidation qui s'en est suivie: les plus méchants sont les instigateurs et les autres suivent pour faire partie de la gang, pour être du côté du plus fort. Personne n'a assez d'empathie et de couilles pour dire: ça suffit! Où sont les justiciers? Où sont les héros?

Depuis quelques années, on voit de plus en plus de cas d'intimidation, et de plus en plus chez de jeunes enfants. Et lorsqu'on parle d'intimidation, ce n'est pas un événement unique et isolé, ça semble être un acharnement quotidien de plusieurs sur certains plus faibles ou différents. C'est le genre de supplice qui tue à petit feu. Chaque fois, ça me fait tellement mal d'entendre qu'un enfant puisse subir ce genre de rejet.

Un matin, on se surprend de voir à la télé un enfant qui est entré dans l'école avec un fusil et qui a tué ou essayé de tuer des élèves. On apprendra plus tard qu'il était victime d'intimidation.

Ce qui me choque dans tout ça, c'est que le seul clou sur lequel les campagnes de sensibilisation ne cessent de frapper est la délation: si tu te fais intimider, dis-le! Ces jeunes sont déjà marginalisés, comment peut-on se donner bonne conscience en leur demandant de déposer une plainte et de risquer d'être encore plus marginalisés? Il faut viser ailleurs.

Là où l'on peut changer les choses, c'est auprès des jeunes qui embarquent avec ceux qui intimident pour être cool, ou qui ne font rien pour ne pas devenir leur cible. Ceux-là, on peut les réchapper, car je crois que la plupart des gens sont foncièrement bons. Ceux-là ont le pouvoir de changer les choses, mais il faut leur montrer. Et c'est à nous les parents de le faire.

Même si ça peut paraître un sentiment inné, l'empathie envers les autres peut aussi s'enseigner dès le jeune âge. Il faut apprendre à nos jeunes à ne pas rire de ceux qui sont différents, à ne surtout pas embarquer avec ceux qui le font et, si possible, à les empêcher de le faire. Il faut leur faire comprendre la souffrance qu'ils ressentent. Il faut leur montrer à avoir un jugement critique et à ne pas croire tout ce qu'on leur dit. Il faut leur faire comprendre que ce qui est cool, ce n'est pas de suivre les autres, mais d'être différent et unique.

Et si on réussit, eh bien, l'intimidateur ne fera plus rire personne et se sentira bien seul dans sa gang.

Je rêve d'entendre un jour aux nouvelles qu'un groupe d'élèves aura pris la défense d'un opprimé.

Pauvre petite. Repose en paix.

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