Médecins: la rémunération à l'acte est désuète

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Daniel Poirier

L'auteur a été directeur de la planification de la main-d'oeuvre médicale au ministère de la Santé.

Faciliter l'accès à un service médical essentiel en levant, pour le consommateur, la barrière financière qui existe lorsque ce service est offert en cabinet est un noble objectif et le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a raison d'aborder cette question sous cet angle.

Cependant, il y a d'autres barrières à l'accès et le temps requis pour obtenir ledit service en est une de taille. Plus il y aura d'offreurs et plus le temps d'attente sera court. Voilà une vérité de La Palice certes, mais tout de même utile au regard de ce qui suit.

En effet, alors que l'État décide du contenu du panier de service médical couvert par le régime d'assurance-maladie - pensons à la fécondation in vitro -, ce sont les dispensateurs de ces services, sensibles aux stimuli financiers, qui en contrôlent l'offre.

Aujourd'hui, on a d'un côté un ministre de la Santé qui crée de grandes attentes, et de l'autre un syndicat des médecins spécialistes qui attend de pied ferme le ministre demandeur.

Au terme d'une négociation où les rapports de force sont inégaux, il serait étonnant que les prix fixés pour les services d'échographie en cabinet soient de justes prix.

Le principal argument du syndicat des spécialistes sera d'affirmer que ses membres n'offriront pas les services si les prix ne sont pas intéressants. Et pour l'être, ils devront se rapprocher des prix actuellement exigés même si ceux-ci ont été fixés dans un environnement privé monopolistique où les profits sont généralement excessifs.

Cette chronique syndicale d'un manque d'intérêt annoncé est-elle pure fiction? Le gouvernement ne courra pas le risque et c'est ici que l'inégalité du rapport de force joue au maximum à la faveur du syndicat. Cette triste réalité fait la preuve par l'absurde de la désuétude du mode de rémunération à l'acte.

Dans la logique de ce mode de rémunération, le juste prix, c'est le prix déjà négocié pour les mêmes services lorsqu'ils sont rendus à l'hôpital, majoré d'environ 25% pour couvrir une partie des frais d'une pratique en cabinet. Pour des raisons de sécurité, ce ne sont évidemment pas tous les services hospitaliers peuvent être accessibles en cabinet.

Il y a plusieurs dimensions à la sécurité. La disponibilité d'équipements de qualité en est une, mais la compétence des équipes professionnelles qui administrent le traitement et qui posent le diagnostic en est une autre fondamentale qu'on ne doit pas tenir pour acquise.

Au lendemain d'une couverture publique élargie des services d'échographie surpayés, combien de médecins y voyant d'intéressantes perspectives d'affaires s'improviseront experts en la matière et offriront bien au-delà des besoins médicaux réels de leurs patients?

La pertinence des gestes médicaux posés sera peut-être un jour au coeur de la réflexion sur l'évolution des coûts de notre système de santé et, ce jour-là, ce sera la fin du mode de rémunération à l'acte.

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