Travailleurs temporaires: une inquiétante vague de fond

Gordon Nixon, PDG de la Banque royale du... (Photo Jeff McIntosh, La Presse Canadienne)

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Gordon Nixon, PDG de la Banque royale du Canada.

Photo Jeff McIntosh, La Presse Canadienne

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Claude Vaillancourt

L'auteur est président de l'Association pour la taxe sur les transactions financières pour l'aide aux citoyens (ATTAC-Québec).

Le choix de la Banque royale du Canada (RBC) de transférer en sous-traitance certains emplois à des travailleurs étrangers temporaires moins bien payés a soulevé de fortes réactions. La RBC encourage ainsi une importante dégradation des conditions de travail, une attitude qu'auraient aussi adoptée d'autres banques canadiennes, selon certains témoignages.

Gordon Nixon, le PDG de la Banque royale, s'est dissocié de l'affaire en soutenant que son entreprise n'a pas embauché les employés en question, mais que ceux-ci relèvent plutôt de la compagnie iGATE qui gère et paie ce personnel.

On comprend ici que le PDG joue avec les mots. Remplacer des employés bien payés par des travailleurs précaires, étrangers et au salaire nettement plus bas a de nombreux avantages pour une entreprise comme la RBC. Ceci permet de réduire les coûts de fonctionnement, de hausser les profits ainsi que la valeur des actions en Bourse, de rendre très difficile l'organisation syndicale.

Dans son langage de technocrate, Gordon Nixon a bien expliqué la situation: «Nous avons un programme pour accroître la productivité de notre entreprise. Cela s'applique à un contrat relativement petit avec un de nos sous-traitants, iGATE». La somme de ces petits contrats peut cependant devenir significative dans un bilan administratif. Et cela même si la banque a enregistré de spectaculaires profits ces dernières années.

Ceux qui observent l'évolution des accords de libre-échange sont familiers avec ce genre de mesures. Ainsi, l'Accord général sur le commerce des services (AGCS), négocié dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), devait faciliter aux entreprises l'exportation de leur propre main-d'oeuvre dans un pays étranger. On a donné le nom technique de «mode 4» à cette possibilité qu'on encourageait fortement, avant que ne cessent les négociations du cycle de Doha.

Ce «mode 4» a rebondi en Europe avec une histoire devenue fameuse, celle du plombier polonais. La question a soulevé un vif débat: serait-il possible que des travailleurs polonais, par exemple, puissent travailler en France pour le même salaire et les mêmes conditions que dans leur pays d'origine? Une directive de l'Union européenne, appelée directive Bolkestein, qui amenait le «principe du pays d'origine», a soulevé ces inquiétudes. Devant d'importantes protestations, l'UE a dû réduire considérablement la portée de cette directive.

Un document secret de l'UE, entre autres, révélé par une fuite obtenue par la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ), a permis de constater que le «mode 4» est un enjeu de l'accord commercial négocié entre le Canada et l'Europe. S'agira-t-il une fois de plus de favoriser l'exportation temporaire de la main d'oeuvre pour des salaires moindres? Aucune information n'a été transmise à ce sujet.

Le scandale associé à la RBC n'est donc pas un accident ou un problème conjoncturel. Il est plutôt lié à une vague de fond, à une volonté réelle et planifiée de réduire drastiquement les conditions de travail, dans l'intérêt des patrons et des actionnaires. Un des moyens les plus efficaces d'y parvenir est de mettre en concurrence les travailleurs des pays riches avec ceux des pays pauvres. Les délocalisations du Nord vers les pays du Sud et la Chine ont permis d'aller très loin en ce sens.

Mais il est possible de continuer selon cette logique en important littéralement des travailleurs. Ce que permet par exemple le Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement fédéral, dont certaines entreprises comme la RBC semblent avoir très bien saisi la portée.

Le rejet des Canadiens devant ce genre de pratiques montre à quel point il nous est nécessaire de préserver les bons emplois, encore plus en situation de crise et d'austérité budgétaire. Et cela à une époque où s'accentuent les écarts entre les riches et les pauvres: l'enrichissement d'une minorité ultra favorisée se fait ici aux dépens d'une classe moyenne qui s'amoindrit peu à peu. Il est donc important que les entreprises cessent une fois pour toutes un jeu injuste et dangereux pour la paix sociale.

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