Kim Jong-un, fin renard?

Le dictateur de la Corée du Nord, Kim... (Associated Press)

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Le dictateur de la Corée du Nord, Kim Jong-un.

Associated Press

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Roch Blier

L'auteur est un globe-trotter qui fait présentement le tour de l'Amérique du Sud.

Kim Jong-un est-il aussi fou qu'il le laisse paraître ou use-t-il de moyens extraordinaires pour amorcer une révolution dans son pays et ainsi le faire entrer dans le XXIe siècle?

À la lumière de ce que je lis dans les journaux, il m'apparaît plausible que l'homme fort de la Corée du Nord, un jeune homme qui a étudié en Suisse, donc sans doute au diapason de sa génération et à coup sûr conscient du retard de son pays par rapport au reste du monde, ait concocté un plan plutôt intelligent afin de contourner les deux obstacles infranchissables à tout changement dans son pays.

Le premier: l'armée. À sa tête: les dinosaures du régime, les purs et durs, ceux de la vieille école. Des cerveaux lavés par les principes du vieux régime et avec lesquels toute négociation de réforme ou de changement est vaine.

Le deuxième: la Chine. Seul allié du régime, partenaire économique indispensable, il est impensable de faire évoluer le pays vers les valeurs démocratiques, économiques et humaines, telles qu'on en retrouve en Suisse, par exemple, sans risquer que la main qui nous nourrit nous prenne à la gorge.

Bref, le défi de Kim Jong-un est énorme, et ne se relève pas en confrontant ces deux ennemis. Lui reste donc les jeux politiques: la ruse, la manipulation et la finesse.

En bravant les États-Unis et la communauté internationale, en menaçant la planète entière d'une guerre totale, il démontre qu'il n'a pas froid aux yeux et se met ainsi dans la poche les têtes dirigeantes de l'armée.

Cette menace, qui n'aboutira jamais à un conflit armé, se soldera par la conclusion que la Corée du Nord est un régime beaucoup trop irresponsable pour posséder l'arme nucléaire. Une intervention d'ingérence dans les affaires nord-coréennes, de la part de la communauté internationale, sera alors inévitable, et du coup, le pays vient de se débarrasser de la mainmise chinoise.

La table est mise pour une révolution tranquille, à saveur européenne et/ou nord-américaine. En jouant le jeu de la victime qui priorise la sécurité de ses citoyens, Kim Jong-un conservera l'appui de son armée, la confiance de son peuple, et donc son pouvoir, tout en s'avouant, aux yeux de la Chine, impuissant face à l'invasion du modernisme.

La visite d'Eric Schmidt, patron de Google, peu avant les événements récents, n'est sans doute pas étrangère au plan de Kim Jong-un. Bien conscient du pouvoir de l'internet, tel que le printemps arabe nous l'a démontré, le web est la voie de l'ouverture du peuple nord-coréen sur le reste du monde. Or si La Presse a intitulé son article: «Que fait le patron de Google au pays de l'internet verrouillé?», le mystère risque de se «déverrouiller» avant longtemps ...

Tout ce scénario est peut-être une fabulation, mais je trouve les coïncidences assez frappantes entre un jeune homme qui a étudié dans un des pays les plus démocratiques au monde, pour ensuite se retrouver à la tête de la dictature la plus fermée au monde.

La visite mystérieuse d'un baron de l'internet, de sa fille, et d'un ancien diplomate états-unien (Bill Richardson), et l'absurdité, peu de temps après, de la menace d'une guerre nucléaire contre la première puissance au monde. Sans oublier le fait que ce jeune homme a aussi démontré une certaine ouverture aux valeurs nord-américaines, en invitant son ami Dennis Rodman (ancienne vedette de la NBA), à regarder un match de basketball avec lui à Pyongyang. Kim Jong-un, fin renard?

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