La partie se joue aussi dans les gradins

Le Centre Bell avant un match du Canadien... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Le Centre Bell avant un match du Canadien de Montréal, le mois dernier.

Photo Bernard Brault, La Presse

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Jacques Clermont
Annonceur à Radio-Canada
, auteur s'exprime à titre personnel.

Les débats sur la langue sont souvent théoriques. Rien de tel qu'un bon match de hockey pour constater l'état réel dans lequel se trouve notre langue, rien de tel qu'une intrusion au Centre Bell où la culture populaire s'exprime avec le plus d'émotion et de véhémence. Au fond, c'est dans les gradins que le véritable match se joue.

Comme la plupart des Québécois, je raffole de hockey et j'ai eu récemment la chance d'assister au Centre Bell à un match du Canadien, chose rare en ce qui me concerne. Hélas, mon enthousiasme s'est rapidement refroidi, malgré une belle performance du Tricolore. Bien sûr, je savais déjà que le français faisait partie des espèces menacées en Amérique, mais j'ignorais à quel point il l'était aussi au Centre Bell.

En effet, pas une seule chanson, pas une seule note de musique diffusée ce soir-là ne venait de nos artistes francophones. On a dû supporter tout le long du match les «Are You Ready?» et les «Make Noise» crachés à pleins haut-parleurs.

Quelqu'un pourrait-il m'expliquer comment il se fait qu'on puisse ainsi bannir du seul amphithéâtre francophone de la LNH toute trace de sa culture et de son identité particulière?

Qui a décidé que nous n'existions pas? Qui a décrété que nos artistes n'avaient pas leur place au sein du plus rassembleur des événements au Québec, le hockey? Loco Locass, Éric Lapointe, Charlebois, les Colocs, Karkwa, pour n'en citer que quelques-uns, seraient-ils donc indignes de célébrer avec nous les prouesses de nos glorieux?

Serait-il seulement pensable, à titre d'exemple, que l'on exige de la Ville Reine, Toronto, qu'elle ne célèbre ses fameux Leafs qu'en français? Vous imaginez un peu la tronche de Don Cherry? C'est pourtant ce que, par ignorance ou mépris, on tend à nous imposer!

Et qui me dira ici que sport et culture ne vont pas de pair? Ils sont inséparables comme cul et chemise. Pour bien des Québécois, le hockey est le seul événement rassembleur auquel ils adhèrent avec leurs tripes et dans laquelle ils se reconnaissent totalement.

Nous sommes présentement au milieu d'un match qui se joue non plus seulement sur la glace, mais bien dans les gradins. Et ce match, nous sommes en train de le perdre, car (et c'est le cas de le dire) nous tirons de l'arrière, nous comptons de moins en moins au Centre Bell.

Nous exigeons de notre équipe sur la glace qu'elle démontre un solide esprit de corps, qu'elle soit courageuse et fière. Hé! Comment n'exigerions-nous pas de nous les mêmes qualités dans la défense de notre culture et de notre identité dans les gradins?

Fort heureusement, la partie n'est pas finie; il reste encore du temps, enfin, encore un peu, suffisamment en tout cas pour retourner la situation, pour regagner notre place tout en haut du classement. C'est une question de préséance pas de rejet et nous ne nous laisserons pas éliminer avant les éliminatoires. Restons parmi les meilleurs.

Comme plan de match, je propose que soit vite remplacé cet humiliant «Are You Ready?» lors de la mise au jeu par un tonitruant «Et c'est parti...» que nous lancerait l'annonceur maison Michel Lacroix.

Célébrer le hockey dans la langue de la majorité de ses fans et après seulement dans toutes les langues que vous voudrez... anglais inclus.

Et puis la coupe Stanley au printemps, rien de moins.

Le Canadien en cinq!

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