L'éthique tablettée

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Donald Riendeau
L'auteur est avocat indépendant et conseiller en éthique.

La Presse

Au-delà de la collusion et de la corruption, la commission Charbonneau est riche d'enseignement sur le plan de l'éthique. Les témoignages de Gilles Surprenant, de Luc Leclerc et de Robert Marcil sont très révélateurs de la manière dont de nombreuses organisations considèrent l'éthique - un mal nécessaire.

Un mal nécessaire qu'on s'empresse de soigner par l'adoption de codes, politiques et lignes éthiques bidon sans s'assurer si ceux-ci sont réellement mis en place ou correspondent à la réalité des organisations.

Plus de 80% des administrateurs, dirigeants et employés auxquels je demande s'ils ont lu leur code d'éthique me répondent par la négative. Pire encore, ils n'y croient tout simplement pas, considérant celui-ci comme une manoeuvre de l'organisation pour se donner bonne conscience, se protéger juridiquement et surtout bien paraître.

Sitôt écrit et annoncé en grande pompe, le code est aussi rapidement tabletté. En résumé, l'éthique c'est beaucoup plus qu'un code, mais si à la base, la rédaction et la mise en place de celui-ci sont dénuées d'éthique, imaginez le reste.

Enfin, les tribunaux donnent le ton. Récemment, dans la décision Touchette c. Nordia, la Commission des relations du travail concluait son jugement en énonçant que malgré la présence d'un code d'éthique, de lignes directrices et de divers documents qui interdisaient aux employés d'utiliser les médias sociaux pour des fins personnelles durant les heures de travail, la preuve révélait que l'employeur avait toléré cette pratique. Le message est puissant. Les entreprises ne pourront plus se cacher derrière des codes invisibles, des efforts réels devront être investis pour veiller à ce qui y est écrit soit véritablement vécu. Pour s'en assurer, elles devront impliquer les employés au lieu de leur imposer.

Si on veut mettre en place une véritable culture de bien faire les choses, il faut qu'à la base on y croie, puis qu'on se responsabilise. Bien entendu, les leaders de notre société devraient montrer l'exemple, mais cette responsabilité revient à chacun d'entre nous. C'est la confiance dans notre société québécoise qui est en jeu, laquelle ne peut se rétablir que si chacun y met du sien. Chacun devrait s'efforcer de contrôler le «germe du Surprenant» qui sommeille en lui. Ce qui implique la remise en question de nombreuses pratiques telles qu'exagérer son kilométrage ou de plaquer son automobile avec un F de compagnie alors qu'elle n'est pas utilisée à cette fin. L'on ne peut continuer à justifier ces «légères» incartades en donnant l'excuse que c'est «moins pire» que ce qu'on voit à la commission Charbonneau...

Soyons positifs en terminant. Au cours de mes huit années en tant qu'éthicien, j'ai constaté que les mentalités évoluaient, lentement mais sûrement. De plus en plus de dirigeants, et particulièrement de secrétaires corporatifs, commencent à investir dans une véritable culture organisationnelle. L'électrochoc de la commission Charbonneau et la désillusion envers plusieurs de nos icônes du Québec inc. réveilleront de plus en plus de gens qui comprendront que la seule véritable solution n'est pas d'esquiver l'éthique, mais d'entrer dans la valse avec elle.

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