La voix des pauvres

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Quel que soit le nouveau président élu, il n'y aura pas de retour en arrière possible au Venezuela. Sur la photo, des partisans d'Hugo Chavez défilent dans les rues de Managua, capitale du Nicaragua.

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Jean-Marc Fournier
L'auteur est professeur de géographie à l'Université de Caen, en France. Il a publié L'autre Venezuela de Hugo Chavez (Éditions Karthala, 2010).

La Presse

Le décès d'Hugo Chavez achève une phase historique importante du Venezuela. Ce personnage haut en couleur était avant tout un cacique dans le sens vénézuélien de chef qui s'occupe de tout et qui endosse toutes les responsabilités.

Hugo Chavez a joué un rôle majeur de leader dans le basculement politique à gauche d'une grande partie des pays d'Amérique latine au cours des années 2000. Au-delà de ses discours sur le socialisme dit du XXIe siècle, le changement le plus important qu'il a apporté au Venezuela a été la reconnaissance de plus de la moitié de la population vivant dans des conditions très précaires et systématiquement ignorée et exclue par l'autre moitié de la population.

Avec Hugo Chavez, les pauvres, les populations indigènes, les illettrés, les sans-voix, les sans-toits, les «invisibles» ont enfin eu l'impression d'exister au sein de la société. Cette reconnaissance, historique, s'est traduite par des aides sociales importantes, notamment pour l'éducation et la santé. Les niveaux élevés des cours mondiaux du pétrole ont autorisé des dépenses sociales sans précédent, dont une partie était absolument nécessaire pour les plus pauvres. Des droits démocratiques ont été acquis. En cela, l'héritage de Hugo Chavez est «révolutionnaire».

Mais le bilan laisse de nombreux problèmes en suspens. Le premier problème est celui du développement. Hugo Chavez a-t-il réussi à impulser le développement de son pays et à rompre avec l'assistanat caractéristique des pays vivant d'une importante rente pétrolière? A-t-il pu «semer le pétrole», selon l'expression consacrée au Venezuela depuis plus de 50 ans? Les communes et villes socialistes, les projets agricoles et industriels, les noyaux de développement endogène ont-ils fonctionné? De ce point de vue, les résultats sont très mitigés. On ne compte plus les projets abandonnés, diminués, remis à plus tard ou tout simplement jamais concrétisés.

D'un point de vue économique, Hugo Chavez n'a pas fondamentalement remis en cause le système capitaliste dominant au Venezula. En effet, l'objectif révolutionnaire bolivarien consistait à créer un système économique parallèle, notamment structuré autour des missions bolivariennes, visant à court-circuiter la bureaucratie dite corrompue et le libéralisme.

Dans les faits, les États-Unis sont restés les principaux clients et fournisseurs du Venezuela pour la période 1999-2013. Pour les classes moyennes et aisées, le modèle nord-américain, imité depuis le début du XXe siècle, reste une référence centrale.

Quel que soit le nouveau président élu, il n'y aura pas de retour en arrière possible. Les Vénézuéliens pauvres devront nécessairement être pris en considération, au moins symboliquement. Rupture internationale en Amérique latine par rapport au modèle néolibéral des années 1990, mais également rupture nationale par la reconnaissance d'une moitié de la population jusque-là ignorée. Continuité pour la redistribution populiste de la rente pétrolière sans développement agricole ni industriel majeur, continuité dans la reproduction des inégalités sociales, même si la pauvreté a fortement diminué.

Il restera également un rapport affectif très fort entre le président Chavez et les Vénézuéliens, y compris pour ses opposants qui lui reconnaissent en général son exceptionnel charisme.

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