L'horreur de la guerre

Le personnel syrien est très courageux. Pour certains,... (Photo fournie par Claudette Seyer)

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Le personnel syrien est très courageux. Pour certains, leur famille est déjà partie, mais ils restent sur place parce qu'ils aiment leur pays et veulent aider leurs compatriotes qui souffrent.

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Claudette Seyer
L'auteure est une infirmière québécoise en mission en Syrie.

La Presse

Je suis arrivée en Syrie le 23 décembre. Je travaille en salle d'opération avec la mission d'urgence gérée par Médecins sans frontières (MSF).

Ici, plusieurs hôpitaux ont été détruits par les bombardements, une partie du personnel médical a été tué ou a fui hors des frontières. MSF offre des soins de santé primaires, des soins d'urgence, une maternité, une vingtaine de lits d'hospitalisation et une salle d'opération dans un hôpital anonyme situé non loin de la frontière de la Turquie. Les conditions de sécurité sont variables et viennent souvent diminuer notre capacité à offrir plus de services.

C'est ma première mission d'urgence en salle d'opération. Les combats se poursuivent dans des villes à peu de distance et nous recevons des blessés. Les blessures sont inimaginables.

Tout à coup, l'autre jour, j'ai réalisé toute l'horreur de la guerre.

Un patient inconscient, ouverture importante à la jambe gauche, il n'a plus de jambe droite, il manque une partie du bassin, ce n'est plus que lambeaux de chair et de muscles déchiquetés par l'explosion d'une bombe. Il y a du sang partout, nous courons, nous l'installons au bloc opératoire, nous tentons de stopper l'hémorragie, nous faisons des transfusions encore et encore... Ouf! l'hémorragie est maîtrisée, nous améliorons l'amputation, le patient est stable, nous faisons des pansements.

Je lève la tête: cette masse de chair brisée a un visage. C'est un jeune homme, 20 ans peut-être. Il ne sait pas encore le prix qu'il a payé pour ses idées. Il a livré un combat pour la liberté, pour une vie meilleure. Ce sera quoi, sa vie à lui? Peut-être est-ce un civil qui voulait juste vivre sa vie ordinaire sans rien demander?

Le soir venu, dans mon lit, je ne peux chasser l'image de cette boucherie. Je pleure, je ravale mes larmes, car je ne veux pas afficher ma faiblesse (je dors dans une chambre de cinq personnes). J'entends les bombardements - c'est toujours comme ça le soir -, les combats se déroulent à une quinzaine de kilomètres. Je pleure et j'ai peur, les images du massacre de ce jeune homme tournent dans ma tête.

Heureusement, je suis appelée à 3h du matin pour une césarienne. Fini le temps de s'apitoyer sur son stress, sa peur, sa tristesse. Deux beaux bébés sont nés malgré la guerre, l'horreur, la souffrance. La vie réclame ses droits.

À la frontière, les réfugiés s'accumulent dans des tentes en plastique blanc. Le blanc, c'est tellement froid et brillant sous le soleil d'hiver. La Turquie ne peut pas les accueillir. Pour ma part, je dors avec mes combinaisons thermales, mes jeans, un polar, un chandail de laine, ma tuque, mes bas en laine de chèvre, trois édredons. Ce doit être effroyable dans les tentes. La semaine dernière, deux enfants souffrant d'hypothermie sont venus à l'hôpital: un a été réanimé, l'autre est décédé.

Nos activités sont encore réduites par la sécurité. La nuit, les bombardements se poursuivent dans les villes des environs. On entend maintenant les avions passer au-dessus de notre village. Lors de la dernière nuit, appel pour deux opérations d'urgence. Avec les bombardements qui sévissent à quelques kilomètres, toutes les vitres du bloc opératoire tremblaient.

Notre coordonnateur nous a téléphoné pour nous dire de nous tenir prêts à évacuer. Cela peut paraître bizarre, mais nous n'avions pas peur, nous voulions juste finir les opérations: une césarienne et une appendicectomie. Une fois le travail terminé, les bombardements se sont calmés, nous sommes rentrés à la maison, et nous nous sommes installés sous la couette, enveloppés par la douce chaleur de la petite fournaise à bois au milieu de la chambre. Nous avons bien dormi jusqu'au petit matin, avec, je l'avoue, l'oreille attentive aux bruits des avions.

Le personnel syrien est très courageux. Pour certains, leur famille est déjà partie, mais ils restent sur place parce qu'ils aiment leur pays et veulent aider leurs compatriotes qui souffrent.

Nous sommes une organisation médicale impartiale, nous soignons toutes les victimes, nous tentons de soulager chaque personne qui vient demander notre aide. Tant de civils, de femmes et d'enfants sont touchés.

J'avais préparé un voyage touristique en Syrie avant ce conflit. Ce pays merveilleux avec une culture millénaire verra-t-il bientôt la fin de tant de souffrance et verra-t-il renaître l'espoir?

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