L'économie force le Canada à revoir sa stratégie militaire

Le Canada n'entend pas se lancer dans des opérations... (PHOTO: MURRAY BREWSTER, PC)

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Le Canada n'entend pas se lancer dans des opérations militaires de longue durée.

PHOTO: MURRAY BREWSTER, PC

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Ferry de Kerckhove
Ancien ambassadeur du Canada (Égypte, Indonésie, Pakistan), l'auteur est membre du Conseil de direction de l'Institut de la conférence des associations de la défense.

La Presse

Avis aux Forces canadiennes et à la haute gestion du ministère de la Défense nationale : il est temps de se réveiller!

Lors de la cérémonie de passation du pouvoir entre les chefs d'État-major de la défense du Canada, les généraux Walt Natynczyk et Tom Lawson, le premier ministre Stephen Harper a dit à ce dernier que « les Forces feront aussi l'objet des contraintes que l'économie mondiale incertaine impose à notre gouvernement et au reste du monde... Afin de libérer des ressources pour effectuer le travail sur le terrain, il faut réduire les dépenses administratives ». Il ne s'agissait pas de propos en l'air.

Bien au contraire, cette directive claire, cet appel à « plus de mordant » reflétait une pensée profonde, une réflexion sur l'état du monde et, peut-être, un début de conception du rôle que le Canada devrait y jouer.  

Car le monde a bien changé depuis la parution de la fameuse Stratégie de défense : le Canada d'abord. À peine cinq ans et une pléthore de changements, à commencer par les crises financières qui ont obligé tous les gouvernements sans exception, même celui du Canada, à trouver un nouvel équilibre entre la réduction des déficits budgétaires et la gestion de la dette publique d'un côté, et les impératifs de relance modeste d'une croissance morose.

Sans dominer la formulation de la politique étrangère des pays - ceux qui en ont une -, les préoccupations financières en limitent certainement la mise en oeuvre, forçant les dirigeants à regarder davantage à l'intérieur de leur périmètre national, ou juste au-delà de leurs frontières, et beaucoup moins au grand large des terres lointaines.

Ainsi, l'Afghanistan est en train de s'estomper de la mémoire collective et le sort futur d'un Karzaï n'émeut plus personne. Alors que se pressaient les forces occidentales au portillon de l'opération libyenne, personne ne veut toucher la Syrie et c'est le « après vous, Alphonse » aux Français au Mali. Le pragmatisme est à l'ordre du jour même si l'on se réclame encore de nobles idéaux comme le président Obama l'a si bien démontré dans son discours d'inauguration.

La déclaration du premier ministre n'évoquait presque pas l'action des forces expéditionnaires canadiennes au service de notre présence internationale, si ce n'était pour rappeler la nécessité de dégager clairement les enseignements de la guerre en Afghanistan.

Il faut dire que quand il existe un malaise social général, une faille profonde dans la solidarité et la confiance entre les gouvernants et les gouvernés, une colère sourde face aux inégalités frappantes entre les nantis et les laissés pour compte, ou encore ceux que l'économie force à décrocher, ce n'est pas le moment de lancer ses forces armées contre des moulins à vent lointains.

Ce n'est pas que les problèmes dans le monde soient en peau de chagrin. Bien au contraire. Une litanie de noms propres nous le rappelle : Iran, Corée du Nord, Gaza, Palestine, Mer de Chine, Afghanistan et Pakistan, Mali, Sahel, sans oublier les noms plus communs mais tout aussi dangereux que sont le terrorisme, les cartels de la drogue, la fonte des glaces dans l'Arctique, la montée de l'islamisme, et les cybers-attaques, phénomène des plus redoutables.

Mais le Canada autant, sinon plus que tous les autres pays occidentaux, plus ou moins logés à la même enseigne, n'a nullement l'intention de se lancer dans des opérations de longue durée à l'extérieur de nos frontières.

Même les États-Unis resteront frileux à moins d'une menace directe et presque existentielle contre des intérêts nationaux ou qu'une crise humanitaire ait des répercussions inouïes, comme le recours par le régime Assad à des armes chimiques. Le risque pour l'humanité aujourd'hui provient plutôt des conflits accidentels qui dégénèreraient, comme un incident majeur en mer de Chine entre le Japon et la Chine. 

Mais alors, quels sont les intérêts du Canada dans ce monde de remise en cause ? C'est en ce sens qu'il faut lire l'admonition du premier ministre : il ne s'agit pas de réduire aveuglément les coûts partout de « x » pour cent, mais de réfléchir aux forces canadiennes de demain, à la répartition des efforts entre corps expéditionnaire et sécurité du territoire, aux missions que les Canadiens veulent que leurs forces armées effectuent - recherches et sauvetages, aide humanitaire, évacuation, protection et sécurité des citoyens, préservation de notre souveraineté... toujours dans le contexte de moyens réduits. Et ces moyens réduits doivent être évalués en termes de synergie, d'opérations conjointes des trois services, armée, air, marine, quitte à diminuer les effectifs ou les équipements en faveur de leur interopérabilité, à trancher intelligemment entre le trop cher et le moins efficace.

Mais une telle réflexion ne peut s'enclencher que si une vision globale est donnée par le pouvoir politique, à l'échelle du gouvernement, voire du pays. C'est ce type de réflexion qui est proposé dans l'édition 2013 du Cahier Vimy sur les perspectives stratégiques du Canada qui sera lancé ce jeudi à l'occasion de la Conférence d'Ottawa sur la sécurité et la défense organisée par l'Institut de la Conférence des associations de la défense.

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