Theresa Spence nous fait honte

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Theresa Spence n'est peut-être pas corrompue. Mais elle n'a pas fait preuve d'éthique. Et l'éthique du leader, c'est ce dont nous avons besoin.

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Guillaume Picard
Indien inscrit, l'auteur est un enseignant de Montréal.

La Presse

Je ne peux pas parler pour les autochtones du Canada. Non plus pour les membres de ma réserve, ni ceux de ma famille. Mais je peux certainement exprimer ce que je pense: Theresa Spence nous fait honte.

Nous avons les chiffres. Mme Spence et son mari gagnent bien plus que le salaire réuni d'une dizaine de familles du village qu'elle dirige. On m'a toujours dit qu'anciennement, le chef était reconnaissable facilement, car il était le plus pauvre. On est loin de ça. Les autochtones ont le droit de faire de l'argent et de vivre riches. Hélas, la plupart sont pauvres. Mais la corruption est une maladie qui n'échappe à aucun peuple.

Theresa Spence n'est peut-être pas corrompue. Mais elle n'a pas fait preuve d'éthique. Et l'éthique du leader, c'est ce dont nous avons besoin. Surtout, nous avons besoin de leaders qui s'accordent entre eux et qui savent être stratégiques. Car le camp adverse sait comment jouer sur la division et répéter la recette qui a si longtemps fonctionné.

Et pourtant, nous ne sommes pas dépourvus. Le monde autochtone regorge de gens honnêtes, hautement scolarisés, qualifiés, compétitifs et même expérimentés. Parmi eux, certains font partie des leaders, d'autres non. Et comme dans les partis politiques canadiens, certains leaders sont aussi corrompus.

Mais il y a une différence. Le politicien corrompu fédéral, provincial ou municipal ne fait pas partie de votre famille, de celle de votre gardienne ou de votre petit cousin. Il ne risque pas de diviser systématiquement les familles, liées si étroitement entre elles. Il ne vient pas souper le vendredi soir après le bingo.

Or, le politicien autochtone peut tirer sur ses cordes familiales ou amicales pour arriver à ses fins. Tout le monde le connaît personnellement. On ne le surprend pas à la télé lors d'une commission, on l'affronte tous les jours.

Il est terminé le temps de l'Indien dépourvu de ressources et de culture, victime de la colonisation ou de la post-colonisation. Bon nombre d'autochtones ne veulent plus être à la merci de la victimisation. Ils essaient de s'en sortir. Ça ne se fait pas si facilement. Ils avancent aux prix d'efforts et de compromis difficiles. Ils veulent être autonomes, mais sont attachés à leur terre depuis des générations. Ils ne veulent plus dépendre d'une loi fédérale périmée, ni de politiciens gérant leurs fonds comme de bons pères (ou mères) qui s'occupent de tout, même de se remplir les poches.

Dans sa chronique de samedi dernier, Lysiane Gagnon a bien décrit les excès de Theresa Spence. Nous n'avions pas besoin d'enfoncer une fois de plus le clou du préjugé de «l'Indien trop privilégié». J'espère que les Canadiens pourront faire la part des choses.

Je suis convaincu qu'Idle No More passera par-dessus la poignée de politiciens autochtones submergés par les désirs de gains personnels. Nous avons observé le printemps arabe. Nous avons observé les carrés rouges et la commission Charbonneau. Mais surtout, nous observons depuis 400 ans la façon dont on nous fait taire.

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