Les dirigeants des différents pays ont rappelé que la création de cette communauté n'est qu'un premier pas vers une intégration régionale complète. Les pays membres de L'ASEAN sont la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, le Vietnam, Singapour, la Malaisie, Brunei, l'Indonésie et les Philippines. Les autres pays invités aux discussions sont la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Inde et l'Australie.
Il ne sera pas facile pour l'ASEAN d'arriver à un accord car il existe déjà une multitude d'ententes bilatérales entre les pays de la région. De plus, pour les pays membres, les enjeux ne sont pas tous les mêmes, certains souhaitent protéger et même renforcer leurs acquis, comme par exemple, le Japon avec son secteur agricole et la Corée du Sud qui elle, se doit de protéger son industrie du riz. Cependant, lorsqu'elle se concrétisera, cette entente de libre-échange fera de l'Asie la plus importante zone économique au monde. L'économie totale des pays membres dépassera le tiers de l'économie mondiale.
Cette nouvelle force asiatique aura un impact certain sur l'échiquier mondial, particulièrement pour les deux plus grandes puissances mondiales les États-Unis et La Chine. Sans l'ombre d'un doute, nous en sentirons aussi les effets ici au Québec.
La stratégie chinoise dans cette région, est de multiplier les programmes d'aides bilatérales avec les pays les plus faibles. Cette stratégie poursuit un double but : assurer un appui de ces pays qui, sans l'aide de la Chine, auraient d'énormes ennuis économiques; et diviser pour mieux régner, car le manque d'unité de l'ASEAN empêche les pays membres de parler d'une seule voix contre la Chine souvent jugée envahissante. Ainsi, concernant les problèmes territoriaux en mer de Chine du Nord, le Cambodge, le Laos, le Myanmar et la Thaïlande constituent un bloc contre le souhait de plusieurs pays d'internationaliser le conflit pour éviter de nuire à La Chine. Quant aux Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, Singapore, le Vietnam et Brunei, ces pays souhaitent des discussions élargies, incluant certains pays européens et les États-Unis, ce qui est loin de plaire à la Chine. Il est clair qu'une entente de libre-échange ne règlera pas la dispute actuelle autour des iles mais limitera les dommages économiques dans la région.
Les États-Unis ont aussi une stratégie régionale qui s'apparente à la Chine à la différence qu'ils se présentent comme un contrepoids à ceux qui veulent garder leurs distances vis-à-vis de la Chine. Les Américains ont aussi un nombre important d'ententes avec les petits pays asiatiques y compris l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Une ASEAN unie autour d'un projet de libre-échange affaiblira les Américains dans la région, mais l'impact majeur pourrait se faire sentir davantage au niveau économique.
La seule façon pour nous en Amérique du Nord de limiter les dégâts est de remplacer l'ALENA et l'ALEAC par la zone de libre échange des Amériques (ZLÉA). Ce projet initié par les États-Unis en 1994 prend beaucoup de temps à décoller, car il est vivement critiqué par les mouvements syndicaux et plusieurs groupes de pression. Il vise à regrouper tous les pays des Amériques (sauf Cuba), la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Elle reste la seule option valable pour amenuiser l'impact qu'aura la création de la zone de libre-échange asiatique sur l'économie nord-américaine.
Plusieurs raisons expliquent que le phénomène de régionalisation qu'on observe depuis deux décennies ne fera que croitre au cours des prochaines années. L'importance de trouver des solutions rapides au ralentissement économique mondial, le souhait d'être moins dépendant des marchés extérieurs et des fluctuations économiques internationales et les couts sans cesse croissants du transport des biens et des personnes ne sont que quelques exemples qui militent en sa faveur.
Nous sommes en droit de nous demander quel rôle pourra jouer le Québec dans une nouvelle ZLÉA, lui qui a peu ou prou d'influence dans le gouvernement Harper et qui ne se décide pas à devenir un pays.