Les mines antipersonnel encore utilisées 15 ans après le traité d'Ottawa

Malheureusement, certains gouvernements utilisent encore les mines antipersonnel.... (Photo extrait de Wikipédia)

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Malheureusement, certains gouvernements utilisent encore les mines antipersonnel.

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Jean-Baptiste Richardier
L'auteur est directeur général et cofondateur de Handicap international, organisme corécipiendaire du prix Nobel de la paix en 1997.

La Presse

Il y a 15 ans, nous nous sentions tous Canadiens ! Le monde entier se donnait rendez-vous à Ottawa pour signer la Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction. Aujourd'hui, ce Traité est considéré comme  l'un des instruments du droit humanitaire international les plus efficaces, et  c'est au Canada que la communauté internationale doit cette formidable avancée!

Quel chemin parcouru depuis la mobilisation de quelques hommes et femmes il y a 20 ans !  C'est en octobre 1992 en effet que six organisations ont fondé la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL), née d'une révolte face à cet intolérable fléau.

A l'époque, plus de 20 000 personnes étaient tuées ou mutilées par ces armes chaque année, dont une majorité de civils. La mobilisation de la société civile et d'organisations comme Handicap international a permis d'aboutir, cinq ans plus tard, à la signature du Traité d'Ottawa. Pour la première fois dans l'histoire du désarmement, une arme conventionnelle était interdite, et en décembre 1997, les efforts de la Campagne internationale contre les mines antipersonnel étaient récompensés par le prix Nobel de la paix.

Notre obstination à agir a ainsi largement porté ses fruits. Grâce à elle, nous avons également conquis la légitimité indispensable pour entrer en rébellion contre un autre type d'arme conventionnelles aux conséquences effroyables sur les populations civiles ; les bombes à sous-munitions (BASM) sont elles aussi devenues illégales depuis l'adoption du Traité d'Oslo en 2008, dont la ratification par le Canada est encore à venir. Quant à l'impact du Traité d'Ottawa, il est à lui seul considérable et très parlant aujourd'hui:

- 160 pays sont États parties à ce Traité, soit plus de 80% des nations du monde ;

- près de 4000 km² de terres minées ont été dépolluées ;

- le nombre de nouvelles victimes de mines et restes explosifs de guerre a considérablement diminué : moins de 5 000 cas enregistrés annuellement ;

- plus de 45 millions de mines dans 87 pays ont été détruites lors d'opérations de déminage ;

- près de 90 millions de mines stockées par les Etats parties ont également été détruites

- aucune exportation de mines antipersonnel n'a été décelée, même par un état non partie au Traité d'Ottawa.

La mobilisation ne doit cependant pas faiblir pour que les États signataires ne renoncent pas à l'objectif final, celui de restituer « une terre sans mines aux populations civiles » dont la tragédie a justifié l'initiative du Canada et son alliance avec les ONG de ICBL.

Malheureusement, certains gouvernements utilisent encore les mines antipersonnel, et les champs de mines encore en place dans de nombreux pays continuent de blesser et tuer toutes les deux heures, une nouvelle victime de ces armes est encore recensée dans le monde. Près des trois quarts de ces victimes sont des civils et plus de 40% d'entre elles sont des enfants.

C'est pourquoi Handicap international appelle le Canada et la communauté internationale à terminer le travail d'éradication des mines antipersonnel entrepris, et à honorer les engagements contractés par leur signature du Traité, en  poursuivant l'effort de dépollution des terres minées et d'assistance aux victimes des mines, et en faisant pression sur les derniers États non parties au Traité.

Depuis 30 ans, Handicap international intervient sans relâche pour le déminage des terres, la sensibilisation des populations menacées, l'appareillage des victimes et leur inclusion dans la société. L'organisation est devenue l'un des porte-parole les plus écoutés sur la scène internationale des millions de personnes qui vivent sous la menace de ces armes

Notre engagement commun doit être sans faille afin que personne ne puisse laisser les victimes de cette barbarie humaine glisser à nouveau dans l'oubli et le fatalisme d'où une alliance historique, scellée entre le Canada et une poignée d'ONG déterminées, avaient réussi à les faire sortir.

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