Québec-Catalogne: deux combats différents

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Bien que le président nationaliste de la Catalogne, Artur Mas, ait plaidé pour le droit du gouvernement catalan d'organiser un référendum, il n'a jamais ouvertement prôné la sécession.

Photo Emilio Morenatti, Associated Press

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Mike Medeiros et Eric Guntermann
Les auteurs sont candidats au doctorat au département de science politique de l'Université de Montréal.

La Presse

Depuis quelques semaines, la Catalogne reçoit une attention importante des médias internationaux. Cette curiosité résulte de l'importante élection de dimanche dernier, mais plus particulièrement de l'apparente «explosion» des aspirations indépendantistes des Catalans.

Le nationalisme joue un rôle-clé dans l'histoire de la Catalogne. Cependant, ce n'est que tout récemment que la volonté des Catalans de quitter l'Espagne s'est manifestée.

Depuis la fin du régime franquiste, la Catalogne a été presque toujours gouvernée par une alliance de centre droit nationaliste, Convergència i Unió (CiU), qui préconise un concept ambigu d'autonomie, similaire à ce que l'ADQ défendait au Québec, plutôt que l'indépendance. Cette alliance politique est nationaliste et autonomiste, luttant pour une décentralisation accrue, et non un parti indépendantiste. Pourtant, une série de décisions concernant le Tribunal constitutionnel et le gouvernement central de Madrid ainsi que la crise économique semblent avoir poussé la population et les politiciens catalans vers l'indépendance.

De nombreux sondages au cours des derniers mois ont montré que la majorité des Catalans voteraient Oui à un référendum sur la séparation de l'Espagne. Cette apparente ferveur indépendantiste réjouit plusieurs souverainistes au Québec. Ils semblent voir en la Catalogne un cas comparable au Québec où les indépendantistes participent au «même combat». En fait, la situation catalane est très différente de celle du Québec.

La force de l'économie catalane et la faiblesse économique de la plupart des autres régions espagnoles ont créé la perception que la Catalogne fait vivre les autres régions de l'Espagne. De plus, la crise économique qui a dévasté l'économie espagnole n'a pas épargné la Catalogne, donnant aux politiciens catalans une nouvelle stratégie pour mobiliser la population contre le gouvernement central.

Les problèmes économiques en Espagne coïncident clairement avec la montée du mouvement indépendantiste en Catalogne. Plutôt que de parler de questions d'identité ou de langue, l'accent est mis sur des questions d'argent. Il est souvent suggéré qu'une Catalogne indépendante serait plus prospère, car il ne serait plus nécessaire de redistribuer la richesse catalane à des Espagnols plus pauvres. De tels arguments contre la redistribution sont loin de ce à quoi on peut s'attendre du Parti québécois, ou d'autres éléments du mouvement indépendantiste québécois, mais sont plutôt similaires au discours véhiculé par la droite albertaine.

D'autre part, la réalité démographique de la Catalogne est complètement différente de celle du Québec. Compte tenu de sa prospérité précoce dans un pays sous-développé, elle a attiré un grand nombre d'immigrants en provenance du reste de l'Espagne. Ces immigrants internes et leurs descendants forment maintenant une majorité de la population régionale. Ils continuent d'avoir l'espagnol comme langue maternelle et ils sont beaucoup moins favorables au nationalisme catalan que la population autochtone. C'est comme s'il y avait une majorité d'anglophones au Québec. Cette situation limite l'attrait des politiques nationalistes basées sur la langue par rapport au Québec, où environ 80% de la population est francophone.

On peut se demander si la Catalogne a réellement connu un essor indépendantiste. Alors qu'au Québec, le Parti québécois a toujours explicitement revendiqué l'indépendance du Québec, le principal parti nationaliste en Catalogne est bien plus ambigu.

Bien que le président nationaliste de la Catalogne, Artur Mas, ait plaidé pour le droit du gouvernement catalan d'organiser un référendum, il n'a jamais ouvertement prôné la sécession. En fait, les partis politiques en Catalogne qui préconisent clairement l'indépendance reçoivent un soutien populaire et électoral limité.

Dimanche dernier, les élections au parlement régional catalan ont clairement démontré les limites de l'indépendantisme catalan. L'élection a eu lieu parce qu'Artur Mas croyait que son parti remporterait une majorité des sièges au parlement régional. Cependant, la CiU a non seulement échoué, elle a aussi perdu 20% de ses sièges. Cette perte de sièges a été partiellement compensée par les gains d'autres partis indépendantistes.

Les souverainistes québécois, malgré leur incapacité à faire du Québec un pays, ont été capables à plusieurs reprises de remporter des élections en parlant clairement de son projet de créer un pays.

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