Autonomie réduite

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Améliorer les soins curatifs préserverait davantage la qualité de vie des aînés que des soins à domicile.

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David Lussier
L'auteur est gériatre à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal et au Centre universitaire de santé McGill. Il s'adresse au ministre de la Santé, Réjean Hébert.

La Presse

À l'approche du dévoilement du premier budget de votre gouvernement, je ne peux m'empêcher de porter à votre attention quelques effets néfastes que des suppressions dans les soins de santé auraient sur la qualité de vie des aînés.

Puisqu'une grande partie de mes connaissances de ces enjeux repose sur vos écrits et recherches, je n'ai pas la prétention de vous apprendre quoi que ce soit. J'espère toutefois que mes réflexions pourront vous aider à convaincre vos collègues.

L'engagement de votre gouvernement à améliorer les soins à domicile pour les aînés en perte d'autonomie doit certainement être souligné et encouragé. Toutefois, des soins à domicile ne font que compenser des pertes d'autonomie. On peut donc les considérer, dans un sens large, comme des soins «palliatifs» plutôt que curatifs. Il est toujours préférable de prévenir ces pertes d'autonomie, en s'occupant de leurs causes, plutôt que d'en compenser les conséquences.

Malheureusement, dans l'état actuel de notre réseau de soins de santé, plusieurs aînés n'ont pas accès aux soins curatifs qui pourraient améliorer leur état de santé, leur autonomie fonctionnelle et leur qualité de vie, évitant parfois même la nécessité d'avoir recours aux soins à domicile.

Je suis plusieurs patients avec douleur articulaire secondaire à l'arthrose. Parfois, un remplacement articulaire est indiqué et pourrait soulager la douleur complètement en éliminant la cause. Malheureusement, l'attente pour une évaluation en orthopédie et remplacement articulaire est souvent supérieure à un an. Il est très important d'éviter le déconditionnement relié à l'immobilité chez ces patients. Plus ils attendent, plus le risque de récupération fonctionnelle diminue. Durant l'attente, j'en suis réduit à traiter la douleur (et la dépression souvent concomitante) avec des opioïdes et des antidépresseurs, associés à des effets indésirables, alors qu'il existe une solution définitive à leur problème.

En diminuant les budgets pour les chirurgies, vous retarderez ces chirurgies «non urgentes», avec plusieurs conséquences néfastes.

On fait grand cas, dans les médias et la littérature médicale, et parfois avec raison, de la «surmédicalisation» des aînés. Vous savez qu'il faut toujours favoriser les approches non médicamenteuses. En douleur chronique de façon particulière, une approche multimodale incluant approches physiques (physiothérapie, massage), psychologiques (relaxation, cognitive-behaviorale) et médicamenteuse est essentielle. Malheureusement, dans notre système de santé, l'accès aux approches autres que médicamenteuses est très difficile et limité. Pour une patiente anxieuse ou dépressive qui répondrait bien à des séances avec un psychologue, mais ne peut pas y avoir accès, on se voit obligé de recourir au seul traitement possible, soit un antidépresseur ou anxiolytique. En limitant ainsi l'accès aux approches non médicamenteuses, on empêche certains aînés de conserver leur autonomie fonctionnelle et leur qualité de vie.

Les aînés sont très sensibles aux effets indésirables des médicaments, particulièrement ceux utilisés pour traiter la douleur. Il existe heureusement de nouveaux analgésiques, souvent aussi efficaces et mieux tolérés, disponibles depuis quelques années. Malheureusement, il semble de plus en plus difficile, pour les nouveaux médicaments, d'être acceptés pour remboursement par la RAMQ par l'Institut national pour l'excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

En conséquence, des patients âgés se voient privés de ces médicaments qui seraient mieux tolérés ou doivent débourser de 70 à 200$ par mois pour se les procurer, ce qui représente un montant substantiel pour plusieurs d'entre eux. En limitant ainsi l'accès à ces médicaments, l'INESSS peut donc empêcher certains aînés de conserver leur autonomie fonctionnelle et leur qualité de vie, pour des conditions médicales qui pourraient être contrôlées adéquatement par des médicaments.

Bien que les soins à domicile soient essentiels pour la sécurité et le bien-être des aînés en perte d'autonomie, il faut également travailler en amont de la perte d'autonomie, en améliorant l'accès aux traitements qui peuvent l'éviter.

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