Pour des retraites justes

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Martial Fortin
L'auteur est actuaire.

La Presse

Depuis cinq ans, les nouvelles obligations à long terme du Canada et le marché boursier canadien ne rapportent presque aucun rendement après ajustement pour l'inflation et les frais de gestion. Ainsi, l'épargne-retraite en prend pour son rhume et l'horizon ne semble pas prêt de s'améliorer quant aux rendements sur les placements.

 

 

 

 

Or, la très grande majorité des travailleurs et retraités canadiens du secteur privé, eux qui ne disposent pas d'un régime de retraite à prestations déterminées, assument totalement les risques de rendement et de longévité de leur vie dans leurs véhicules d'épargne-retraite. Pour atteindre leur objectif de revenus de retraite, ces travailleurs doivent retarder leur retraite à moins que leur employeur ne tienne à les mettre à la retraite de toute façon.

D'autre part, ceux qui sont déjà retraités ou mis à la retraite contre leur gré n'ont pas d'autre choix que de réduire leur niveau de vie ou de retourner ailleurs sur le marché du travail, ou de faire les deux.

Même les retraités du secteur privé participant à un régime de retraite à prestations déterminées peuvent se retrouver devant de tels choix si leur employeur fait faillite ou doit se restructurer alors que leur régime de retraite est déficitaire, ce qui est le cas actuellement pour la grande majorité de ces régimes à cause des résultats catastrophiques de rendement depuis 2007. Parlez-en aux retraités de Nortel, Abitibi-Bowater et White Birch qui ont vu leur rente de retraite être réduite de près de 30% ou plus.

Pendant ce temps, presque tous les employés et élus des organismes de l'État bénéficient d'un régime de retraite à prestations déterminées où tous les risques sont assumés par les impôts, taxes et tarifs payés par tous les contribuables, à moins que les taux de cotisations salariales des participants actifs ou leurs salaires ne soient totalement ajustés en conséquence, ce qui n'est jamais le cas.

Depuis quelque temps, les villes, les universités et les sociétés d'État comme Hydro-Québec justifient des hausses de taxes foncières, de droits de scolarité, de tarifs d'électricité par les hausses importantes de leurs dépenses dues principalement à la hausse de leur cotisation aux régimes de retraite de leurs employés. Or, les contribuables du secteur privé ont déjà assumé les risques de leur propre capital-retraite et, là, on leur demande aussi de payer pour les risques liés au capital-retraite des travailleurs et retraités du secteur étatique.

Afin que notre société soit juste et équitable pour tous, il faut mettre fin à cette double frappe pour les employés et retraités du secteur privé qui n'a pas d'équivalence pour les élus, employés et retraités du secteur étatique. Surtout que, de l'autre côté, ces derniers bénéficient d'une double garniture (sécurité d'emploi et sécurité de retraite) qui n'a pas d'équivalence pour les contribuables du secteur privé. Il ne peut y avoir deux classes de citoyens résultant d'un système de retraite à deux vitesses, une pour ceux du secteur privé et une autre pour ceux du secteur public.

Comme piste de solution, les gouvernements fédéral et provincial doivent adopter chacun une loi s'appliquant à leurs élus, employés, contractuels et retraités, incluant ceux de leurs agences gouvernementales, leurs sociétés d'État, leurs municipalités et leurs universités.

Pour le service futur:

> obliger les employeurs étatiques à transférer les risques financiers liés à la retraite aux participants en créant des régimes de retraite à prestations cibles basées sur leur salaire de chaque année de carrière;

> obliger les employeurs étatiques à respecter les plafonds applicables aux régimes enregistrés des travailleurs du secteur privé, soit un crédit annuel de rente de 2% du salaire, une cotisation annuelle globale de 18% du salaire et un salaire annuel plafonné actuellement à 132 333$;

> permettre l'augmentation de l'âge normal de retraite et la réduction des prestations additionnelles en cas de retraite anticipée afin de pouvoir respecter ladite limite sur le coût global;

> rendre l'indexation des crédits de rentes conditionnelle à la suffisance des fonds dans la caisse de retraite.

Pour le service passé: obliger qu'au moins 50% des hausses de cotisations requises pour amortir les déficits accumulés soient compensées par une réduction équivalente du salaire des participants ayant déjà accumulé des crédits de rente pour ce service passé, avec possibilité de récupération par lesdits participants en cas de développement de surplus dans le futur.

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